Russie : Moscou met la filiale d’Auchan sous tutelle, Paris proteste (afp.com)
Auchan et Nestlé sous tutelle en Russie : le Kremlin prend les commandes, Paris proteste
Le fait principal
La France demande à Moscou de revenir sur la mise sous administration provisoire de filiales russes d’entreprises françaises et européennes. Dans un communiqué conjoint publié le 18 septembre 2026, les ministères des Affaires étrangères et de l’Économie dénoncent une décision « sans justification » et indiquent être en contact étroit avec les entreprises concernées. (diplomatie.gouv.fr)
Cette réaction suit un décret de Vladimir Poutine publié le 17 septembre, qui place notamment les actifs russes d’Auchan et de Nestlé sous administration extérieure. Le mot est « temporaire ». La perte de contrôle, elle, est immédiate : les propriétaires conservent formellement leurs titres, mais la gestion leur échappe. (marketscreener.com)
Ce qui s’est passé
La société russe L.E.V. Management reçoit la gestion des actifs visés. Le périmètre dépasse les deux multinationales : il comprend notamment des entités de FM Logistic et Le Monlid, qui exploite Lemana Pro, l’ancienne enseigne Leroy Merlin en Russie. (fr.euronews.com)
Le 18 septembre, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a justifié cette me par l’appartenance des entreprises à des pays jugés « inamicaux ». Il accuse ces États de participer aux hostilités contre la Russie. C’est l’argument politique de Moscou, pas la démonstration d’une faute des sociétés concernées. (apnews.com)
Nestlé, groupe suisse, confirme dans son communiqué du 18 septembre qu’il évalue la situation et ses options. Il affirme vouloir protéger ses droits et maintenir ses activités, notamment dans l’intérêt de ses salariés. Auchan Russie a demandé des précisions aux autorités et assuré que ses magasins continuaient de fonctionner normalement, selon Euronews avec l’AFP. (nestle.com)
Le contexte
Le dispositif russe remonte à 2023. Il permet de placer sous administration temporaire des actifs appartenant à des entreprises de pays considérés comme hostiles. Il faut donc distinguer cette prise de contrôle d’un transfert définitif de propriété. La première peut toutefois préparer le second. (marketscreener.com)
Le précédent Danone est éclairant. Le groupe avait constaté la perte du contrôle de ses activités laitières et végétales russes en juillet 2023. Le 17 mai 2024, il a annoncé avoir achevé leur cession à Vamin R LLC. Autrement dit, une administration présentée comme provisoire n’a pas débouché sur le retour aux commandes du propriétaire français. (danone.com)
Auchan, lui, n’avait pas quitté le marché russe après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Nestlé avait réduit ses opérations, suspendant notamment des marques et des investissements, tout en maintenant des activités alimentaires jugées essentielles. Rester ne constituait manifestement pas une assurance contre l’intervention du Kremlin. (marketscreener.com)
Les chiffres à retenir
- 16 sociétés russes liées à plusieurs groupes occidentaux sont placées sous la gestion de L.E.V. Management, selon Euronews avec l’AFP, le 18 septembre 2026. (fr.euronews.com)
- 24 236 salariés et 229 magasins : c’est le périmètre d’Auchan en Russie à la fin de 2025, rapporté par Reuters le 18 septembre 2026. (marketscreener.com)
- Environ 7 000 salariés et six usines : la présence industrielle et sociale de Nestlé en Russie, selon les données reprises par Reuters. (marketscreener.com)
- 1,2 milliard d’euros : la perte totale comptabilisée par Danone dans son dossier russe, selon le groupe. Un précédent, pas une estimation des pertes à venir pour Auchan ou Nestlé. (danone.com)
Ce que cela révèle
Le Kremlin transforme la nationalité des actionnaires en instrument de pression. Sa justification vise les pays d’origine des entreprises. Le supermarché et l’usine deviennent ainsi des pièces du rapport de force international. Le vocabulaire administratif est feutré ; la méthode l’est nettement moins. (apnews.com)
Pour les salariés, la question dépasse les titres de propriété. Nestlé promet la continuité des activités et Auchan as que ses magasins fonctionnent. Ces déclarations ne constituent pas, à elles seules, une garantie durable sur les emplois ou les conditions de travail. Elles ne permettent pas non plus d’annoncer des licenciements qui ne sont pas documentés. (nestle.com)
L’enjeu social ne doit donc pas disparaître derrière la défense des actionnaires. Protéger les droits des entreprises et exiger des garanties pour les travailleurs sont deux questions distinctes. La seconde mérite autant de vigilance que la première.
Ce qu’il faut retenir
Paris exige le retrait de la me. Moscou impose une administration extérieure. Le précédent Danone rappelle que le provisoire peut se terminer par une cession définitive. Sans préjuger du sort d’Auchan et de Nestlé, une leçon se dégage : rester sur le marché russe ne garantit pas d’y rester maître de ses activités. (diplomatie.gouv.fr)
