Sécheresse : les projets de bassines pleuvent, mais avec quelle eau ?
Bassines en Franche-Comté : le trou est une solution, pas encore une démonstration
Stocker l’eau pour traverser les sécheresses : l’idée mérite un examen. La présenter comme incontournable mérite des preuves. Entre les deux, il y a des nappes, des usages concurrents et une question politique : qui pourra ouvrir le robinet ?
Le fait qui dérange
En Franche-Comté, des projets de bassines sont portés par la chambre d’agriculture de Haute-Saône ou des élus du Grand Besançon. C’est le point de départ de l’annonce de Dimanche en politique, qui posait cette question pour son rendez-vous du 13 septembre 2026 : ces réserves seraient-elles devenues indispensables ? (titrespresse.com)
Le texte fourni annonçait une diffusion à 11 h 25, précédée d’une mise en ligne le vendredi 11 septembre 2026. Il s’agit d’une présentation de l’émission, pas d’un compte rendu des échanges. Elle ne fournit ni volume de stockage, ni budget, ni liste de bénéficiaires, ni bilan hydrologique des projets évoqués.
Voilà le premier décalage : l’indispensable est mis en débat avant que sa nécessité soit démontrée dans les éléments présentés. Un point d’interrogation n’est pas une étude d’impact. Même avec un joli paysage derrière.
Ce que les acteurs affirment — et ce qu’on ne peut pas leur faire dire
La présentation fournie annonçait, autour de Jérémy Chevreuil, Jean-Paul Michaud, présenté comme maire MoDem de Thoraise et président du SCoT du Grand Besançon ; Christophe Ruffoni, présenté comme vice-président de la chambre d’agriculture de Haute-Saône, agriculteur à Dampierre-sur-Salon et rattaché à la FNSEA ; ainsi que Dominique Voynet, présentée comme députée écologiste du Doubs.
Mais elle ne reproduit aucune déclaration individuelle sur les caractéristiques des projets. L’expression « solution miracle » appartient au questionnement journalistique. Impossible, donc, de l’accrocher au revers de la veste d’un invité pour mieux le tourner en ridicule.
Aucune position du RN ne figure non plus dans ce document. Inutile de lui fabriquer une intervention : le débat sur l’eau contient suffisamment de vraies difficultés pour se passer de faux adversaires.
Ce que disent les faits
Une bassine n’est pas nécessairement un récupérateur de pluie géant
INRAE distingue notamment les retenues collinaires, alimentées par le ruissellement, des réserves alimentées par pompage. Le terme « substitution » désigne un principe précis : stocker en période de hautes eaux pour remplacer des prélèvements estivaux, avec abandon des autorisations correspondantes. Remplacer, pas simplement ajouter. La nuance est moins photogénique qu’un chantier, mais nettement plus utile au bilan hydrique. (inrae.fr)
Oui, le stockage peut avoir une utilité
Le rapport parlementaire sur l’adaptation de la politique de l’eau au défi climatique reconnaît que certaines retenues peuvent contribuer à l’équilibre économique agricole. Il souligne aussi que leurs effets dépendent du territoire, des caractéristiques de l’ouvrage et des conditions hydrologiques. Il les associe à une évolution des pratiques agricoles, pas à une dispense de changement. (assemblee-nationale.fr)
Reconnaître cette utilité possible n’oblige pas à signer un chèque en blanc. Une solution pertinente quelque part n’est pas une autorisation de creuser partout.
L’hiver ne garantit pas le remplissage
Dans sa note du 13 février 2023 sur une expertise réalisée dans les Deux-Sèvres, le BRGM avertissait que des sécheresses hivernales répétées pourraient empêcher le remplissage des réserves certaines années. Il précisait aussi que l’étude concernée ne simulait pas les évolutions climatiques futures et ne constituait pas une évaluation de toutes les conséquences possibles du projet. Ces limites concernent cette expertise : elles ne prouvent pas, à elles seules, qu’un projet franc-comtois serait mauvais. Elles interdisent en revanche d’en tirer une garantie universelle. (brgm.fr)
Le calendrier administratif peut prévoir un remplissage. Il ne commande pas la pluie.
Le stockage doit passer l’épreuve des alternatives
INRAE préconise une évaluation comparative des leviers disponibles avant d’envisager de nouvelles retenues : évolution des systèmes de culture, économies d’eau, amélioration des usages, recharge des nappes ou stockage. Autrement dit, commencer par examiner les besoins et les options. Pas choisir le trou, puis chercher les arguments pour le remplir. (inrae.fr)
Le grand écart
Le décalage documenté n’est pas ici un revirement personnel : c’est celui entre une question générale — éviter le manque d’eau — et des ouvrages dont les bénéficiaires, les usages et les effets locaux restent à préciser dans le texte disponible.
Le véritable examen politique devrait donc imposer quelques réponses simples :
- Quelle eau ? Ruissellement, rivière ou nappe, avec quels seuils de prélèvement ?
- Pour qui ? Quels usagers, quelles exploitations et quelles règles d’accès ?
- Quelle substitution ? Quels prélèvements estivaux seraient effectivement supprimés ?
- Quel coût ? Quelle dépense publique et quelles contreparties vérifiables ?
- Quel plan de secours ? Que prévoit-on lorsque la réserve ne peut pas être remplie ?
L’absence de ces réponses dans une annonce télévisée ne signifie pas qu’elles n’existent dans aucun dossier. Elle signifie qu’on ne peut pas proclamer leur résultat. Un programme télé n’est ni un dossier d’autorisation ni un certificat d’indispensabilité.
Ce qu’il faut retenir
Les éléments consultés ne permettent ni de condamner en bloc les projets francs-comtois ni de les déclarer indispensables. Le stockage peut être utile ; sa pertinence doit être démontrée localement, en comparaison avec d’autres solutions. (assemblee-nationale.fr)
Notre analyse : le choix politique sérieux consiste à publier les besoins, les bénéficiaires, les coûts et les contraintes avant de célébrer l’ouvrage. Sinon, on risque surtout de stocker des promesses. Elles ont l’avantage de ne jamais manquer. Et l’inconvénient de ne rien irriguer.
Sources
- France 3 / Ici Franche-Comté : présentation de Dimanche en politique, texte fourni, annonçant le rendez-vous du 13 septembre 2026. Ce document ne permet pas de vérifier les propos effectivement tenus à l’antenne.
- INRAE : Eau et agriculture. (inrae.fr)
- Assemblée nationale : rapport d’information n° 2069 sur l’adaptation de la politique de l’eau au défi climatique. (assemblee-nationale.fr)
- BRGM : note explicative du 13 février 2023 sur l’expertise relative aux réserves de substitution dans les Deux-Sèvres. (brgm.fr)
- INRAE : Comment l’agriculture peut-elle s’adapter aux étés de plus en plus secs ? (inrae.fr)
