Ripost : le RN vote un texte qui « ne changera pas grand-chose ». La fermeté en carton
Ripost : le RN dénonce l’impuissance du gouvernement, puis lui fournit 114 voix
Le 21 juillet 2026, le Rassemblement national a soutenu le texte sécuritaire d’un gouvernement qu’il présentait comme incapable de protéger les Français. Puis il a approuvé la réforme de l’immobilier de l’État. Deux votes ne font pas une coalition. Mais ils compliquent sérieusement le numéro de l’opposition irréconciliable. (assemblee-nationale.fr)
Le fait qui dérange
Le résultat ne nécessite aucun décryptage ésotérique : le projet de loi Ripost est adopté par 351 voix contre 179, avec 7 abstentions. Parmi les suffrages favorables, 114 viennent du RN. Le groupe UDR en apporte 17. L’extrême droite n’est donc pas seulement venue distribuer des brevets de fermeté. Elle a participé à l’adoption du texte gouvernemental. (assemblee-nationale.fr)
La scène est d’autant plus savoureuse que Michaël Taverne, intervenant pour le RN, vient d’expliquer que les Français n’ont plus rien à attendre des macronistes. Avant d’annoncer son soutien à leur projet. Le gouvernement serait politiquement épuisé, mais son texte reste suffisamment fréquentable pour recevoir les voix du procureur. (assemblee-nationale.fr)
Attention, toutefois, à ne pas fabriquer une contradiction de laboratoire : on peut parfaitement voter une me jugée insuffisante. Le problème n’est pas ce vote en lui-même. C’est le contraste entre la nuance que le RN s’accorde et la disqualification qu’il réserve aux autres.
Ce que le RN affirme
Dans le compte rendu fourni, Taverne expose explicitement sa position : Nous voterons donc ce texte, qui comporte quelques mes mais qui ne changera pas grand-chose à l’insécurité dans laquelle vous avez entraîné le pays.
Il revendique notamment le rétablissement de l’article 6, consacré à l’usage de stupéfiants et comprenant le relèvement de l’amende forfaitaire délictuelle. Son soutien est donc expliqué : quelques avancées valent un vote favorable, même sans enthousiasme sur l’ensemble. (assemblee-nationale.fr)
Mais cette compréhension des votes imparfaits s’arrête à la frontière de son groupe. Aux opposants, le même orateur attribue une complaisance envers les délinquants, jusqu’à lancer : Surtout, vous êtes pour les pédocriminels.
Le compte rendu établit que cette accusation a été prononcée. Il n’établit évidemment pas qu’elle est vraie. (assemblee-nationale.fr)
Chez l’allié UDR, Éric Michoux qualifie Ripost de publicité mensongère
, puis reconnaît une petite avancée et soutient le texte. Voilà donc une publicité dénoncée à la tribune, mais validée dans l’urne. La réserve parlementaire est légitime ; le théâtre de l’indignation mérite, lui, quelques rappels au réel. (assemblee-nationale.fr)
Ce que disent les faits
Une amende plus élevée n’est pas une efficacité démontrée
Laetitia Saint-Paul présente le relèvement de l’amende forfaitaire délictuelle pour usage de stupéfiants de 200 à 500 euros. Laurent Nuñez défend une réponse pénale rapide, tout en reconnaissant que le paiement des AFD reste insuffisant. Il précise aussi que des dispositions destinées à améliorer le recouvrement ont été retenues. Ce dernier point compte : le gouvernement ne prétend pas que tout fonctionne déjà parfaitement. (assemblee-nationale.fr)
Les réserves sur le dispositif ne sortent pourtant pas d’un tract. L’avis du Défenseur des droits du 16 juin 2026, citant la Cour des comptes, mentionne un taux de paiement de 24,1 % et un taux de recouvrement de 17,5 %. Ces indicateurs concernent des étapes différentes : ils ne doivent ni être additionnés ni être présentés comme un taux global. Sacha Houlié évoque en séance 24 % pour le premier ; le document institutionnel donne bien 24,1 %. (juridique.defenseurdesdroits.fr)
Ces chiffres ne prouvent pas que le relèvement échouera. Ils interdisent simplement de confondre le montant inscrit sur l’avis avec l’efficacité obtenue sur le terrain. Augmenter le tarif est une décision. Faire payer, prévenir la récidive et réduire les trafics sont des résultats à démontrer.
Refuser Ripost ne signifie pas nier les problèmes
Le procès en déni résiste mal à la lecture des interventions. Pouria Amirshahi reconnaît explicitement les problèmes posés par les rodéos, les rassemblements interdits et les usages dangereux du protoxyde d’azote. Son désaccord porte sur les réponses : prévention, accompagnement, évaluation et garanties. Sacha Houlié reconnaît également que les comportements visés appellent une réponse publique, tout en contestant les instruments retenus. (assemblee-nationale.fr)
On peut juger leurs propositions insuffisantes. On ne peut pas honnêtement transformer leur opposition à ce texte en approbation des infractions qu’il vise. Entre discuter une politique pénale et protéger des criminels, il manque une démonstration. Les décibels ne la remplacent pas.
Sur l’immobilier, la gauche disparaît opportunément du tableau
Deuxième dossier : la réforme du patrimoine immobilier de l’État. Kévin Mauvieux, pour le RN, soutient la création d’une foncière publique et reproche à la gauche de s’y opposer malgré ses discours sur la rénovation énergétique. Problème : Sophie Pantel annonce précisément le soutien des Socialistes et apparentés, au nom des garanties obtenues. (assemblee-nationale.fr)
Le scrutin tranche : 276 voix pour, 86 contre, 2 abstentions. Le RN apporte 62 voix favorables ; le groupe socialiste, 26. LFI, les écologistes et GDR votent contre. Parler d’une gauche uniformément opposée est donc inexact. Pour obtenir cette belle unanimité hostile, il faut commencer par effacer les socialistes. (assemblee-nationale.fr)
Reconnaissons aussi ce qui est exact : Mauvieux a bien travaillé sur ce dossier avec François Jolivet, député Horizons. Leur rapport d’évaluation a été publié en novembre 2024. Ce travail commun n’est ni une invention ni, en soi, un scandale. C’est du travail parlementaire. Une activité manifestement compatible avec les discours de rupture absolue. (assemblee-nationale.fr)
Le grand écart
Le décalage le plus révélateur n’est donc pas : « Le RN critique et vote pour. » Cette formule serait trop facile. Il est ailleurs : le RN réclame pour son propre vote une lecture nuancée, mais transforme le vote adverse en faute morale.
Son soutien à Ripost doit être compris article par article, avancée par avancée. Le rejet de la gauche serait, lui, la preuve d’une proximité avec les délinquants. Une politique à deux régimes : la subtilité pour soi, le procès d’intention pour les voisins.
Le bloc central n’échappe pas au malaise. Christophe Marion défend Ripost comme une réponse à la progression des offres autoritaires ; le RN soutient ce même texte. Cela ne démontre ni une alliance générale ni une identité de programmes. Cela montre une convergence précise sur ce vote, qu’aucune envolée sur le combat contre les extrêmes ne peut faire disparaître. (assemblee-nationale.fr)
Notre analyse : cette soirée révèle moins un retournement qu’une double présentation politique. À la tribune, l’affrontement sans concession. Au scrutin, l’accord sur des instruments communs. Le RN peut contester le bilan du gouvernement tout en partageant certaines de ses réponses. Mais il ne peut exiger que cette proximité devienne invisible dès que commence son discours.
Ce qu’il faut retenir
Le RN avait des raisons déclarées de soutenir Ripost. Ses adversaires avaient des raisons déclarées de le rejeter. Les votes sont établis ; les accusations de complicité avec les criminels ne le sont pas.
Le grand numéro consiste à réclamer la nuance pour son bulletin et le pilori pour celui des autres. Heureusement, le scrutin ne reprend pas les éléments de langage : il compte les voix.
Sources
- Assemblée nationale : compte rendu intégral de la deuxième séance du 21 juillet 2026, fourni pour cet article et consulté sur le site officiel. (assemblee-nationale.fr)
- Assemblée nationale : scrutins publics nos 8433, sur Ripost, et 8434, sur le patrimoine immobilier de l’État. (assemblee-nationale.fr)
- Défenseur des droits : avis no 26-04 du 16 juin 2026, notamment les données relatives au paiement et au recouvrement des AFD. (juridique.defenseurdesdroits.fr)
- Assemblée nationale : mission d’évaluation de la politique immobilière de l’État, rapporteurs François Jolivet et Kévin Mauvieux, novembre 2024. (assemblee-nationale.fr)
