Très attendu en Afrique, un texte pour faciliter les restitutions d’œuvres pillées durant la colonisation a été voté à l’unanimité lundi à l’Assemblée nationale. Une loi insuffisante selon certains spécialistes.
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La France fait un pas de plus pour la restitution des œuvres pillées durant la colonisation. Les députés français ont adopté lundi 13 avril une loi pour faciliter les restitutions d’œuvres pillées durant la colonisation. Emmanuel Macron en avait fait la promesse en 2017, lors d’un discours à la jeunesse africaine à Ouagadougou, au Burkina Faso. Depuis plusieurs restitutions ont eu lieu. La dernière en date, un « tambour parleur » confisqué à la Côte d’Ivoire depuis 1916, le « Djidji Ayokwe », a été restitué début 2026 au terme d’un long parcours législatif. Actuellement, une dizaine de demandes de restitutions a été enregistrée, selon le ministère de la Culture.
Le texte voté lundi ne vise que les biens ayant été acquis entre 1815 et 1972, entre le début du second empire colonial français et l’entrée en vigueur d’une convention de l’Unesco fixant un régime de restitution dans le droit international. Ces dates interrogent l’historienne Françoise Vergès. « Pourquoi le premier empire colonial n’est-il pas pris en compte ? Tout ce que Napoléon a spolié en Egypte, et même dans d’autres pays européens, en Italie, n’a pas été intégré », regrette-t-elle. La colonisation du continent américain est également écartée de cette loi.
La question des conditions à remplir pour les Etats qui feraient une demande de restitution soulève également des critiques. « C’est à la charge de la personne volée de prouver qu’elle a été volée. Il y a une relation asymétrique », s’indigne Françoise Vergès. La France dénombre dans ses musées 150 000 objets d’art africains. Près de la moitié est exposée au musée du Quai Branly mais l’immense majorité dort, cachée dans les réserves.
« Il y a des communautés qui ne sauront jamais que des objets de leur passé, de leur histoire sont dans des réserves de musées en France, regrette l’historienne. Il faut que les collections soient ouvertes, que des chercheurs et des artistes puissent venir étudier les archives, les documentations, les réserves. » Françoise Vergès espère voir les demandes de restitution affluer. La France fait office de pionnière en Europe, avec un premier retour hautement symbolique de 26 trésors d’Abomey au Bénin et du sabre d’El Hadj Omar au Sénégal en 2020.
Actuellement, 90% du patrimoine artistique africain est en dehors de l’Afrique. Les députés ont notamment voté lundi pour que l’Etat publie chaque année la liste des œuvres susceptibles d’avoir été acquises illicitement, pour garantir une meilleure information des Etats demandeurs.
Restitution des œuvres coloniales : un pas en avant, deux en arrière
La France, en adoptant une loi pour faciliter la restitution des œuvres pillées durant la colonisation, semble enfin vouloir faire amende honorable. Mais derrière cette façade de progrès, des voix s’élèvent pour dénoncer une législation largement insuffisante.
Le 13 avril 2026, l’Assemblée nationale française a voté à l’unanimité une loi tant attendue pour faciliter la restitution des œuvres d’art pillées durant la colonisation. Emmanuel Macron, en bon chef d’État, avait promis cette avancée en 2017, lors d’un discours à Ouagadougou. Mais, comme souvent, la réalité semble bien plus complexe que les belles paroles. Le dernier retour en date, un « tambour parleur » ivoirien, le « Djidji Ayokwe », restitué après un long parcours législatif, est-il vraiment le symbole d’un changement de cap ou juste une goutte d’eau dans un océan de pillages ?
Ce qui se passe réellement
La loi adoptée ne concerne que les biens acquis entre 1815 et 1972, une période qui exclut délibérément le premier empire colonial français. Françoise Vergès, historienne, s’interroge : « Pourquoi ne pas prendre en compte les spoliations de Napoléon en Égypte ou ailleurs ? » En effet, la colonisation du continent américain est également laissée de côté, comme si ces chapitres de l’histoire n’avaient jamais existé.
Pourquoi cela dérange
Les conditions imposées aux États demandeurs de restitution sont tout aussi préoccupantes. « C’est à la charge de la personne volée de prouver qu’elle a été volée », déplore Vergès. Une relation asymétrique qui rappelle les pires travers de l’impérialisme. En somme, la France, avec ses 150 000 objets d’art africains, semble plus intéressée par la conservation de ses trésors que par la réparation des injustices passées.
Ce que cela implique concrètement
Actuellement, 90% du patrimoine artistique africain est en dehors du continent. La loi, bien qu’elle prévoie la publication annuelle d’une liste d’œuvres potentiellement acquises illicitement, ne garantit pas un accès transparent aux communautés concernées. Les réserves des musées restent des cavernes d’Ali Baba invisibles pour ceux qui en sont originaires.
Lecture satirique
Il est presque comique de voir la France se présenter comme pionnière en matière de restitution, alors qu’elle continue de garder jalousement des objets d’une histoire qu’elle préfère oublier. Les promesses de Macron semblent s’évanouir face à la réalité des musées, où des œuvres d’art africaines dorment, loin des regards et des cœurs de ceux qui les ont créées.
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, cette situation n’est pas unique. Les États-Unis et la Russie, avec leurs propres histoires de colonisation et d’expansion, pourraient également être mis en lumière. Mais la France, en tant que pays ayant longtemps prôné les droits de l’homme, se doit d’être exemplaire. Or, elle semble se complaire dans un double discours qui ne fait que renforcer les inégalités.
À quoi s’attendre
Les demandes de restitution pourraient affluer, mais à quel prix ? Si la France ne change pas sa manière de traiter ces questions, elle risque de se retrouver face à une légitimité de plus en plus contestée sur la scène internationale.
Sources





