
Réparer ce qui a pu être abîmé : l’Aide sociale à l’enfance dans le Puy-de-Dôme
Depuis quelques années, la protection de l’enfance dans le Puy-de-Dôme traverse une période difficile. En 2025, plus de 5 000 enfants ont été confiés au département à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Récemment, la défenseure des droits a émis des recommandations concernant cette situation préoccupante.
À Chamalières, près de Clermont-Ferrand, la pouponnière accueille des enfants placés en urgence par la justice. Aurélie, auxiliaire de puériculture, travaille ici depuis huit ans et se consacre à cinq enfants, dont certains n’ont que quelques mois. Elle souligne l’importance de répondre à leurs besoins fondamentaux : sécurité, affection, hygiène et sommeil.
La pouponnière de Chamalières emploie une centaine d’agents répartis dans six unités. Environ 60 % des enfants ont déjà connu des traumatismes. Adélaïde Brut, responsable de l’établissement, précise que la majorité des cas concernent des situations de négligence ou de maltraitance. Le travail consiste à réparer ce qui a été abîmé tant sur le plan physique que psychique.
Actuellement, 36 enfants de 0 à 3 ans résident dans la pouponnière, qui est un lieu de transition. La durée moyenne de séjour est de moins de neuf mois. Cédric Decarsin, directeur du Centre départemental enfants et familles (CDEF), indique que l’évaluation des situations se fait sur une période de trois mois, renouvelable une fois.
Un projet de restructuration de la pouponnière doit débuter en septembre, visant à augmenter la capacité d’accueil. L’ASE du Puy-de-Dôme prévoit également la création de nouveaux lieux, dont un village d’enfants à Chanat-la-Mouteyre, qui accueillera des fratries dès août.
Le Conseil départemental du Puy-de-Dôme a constaté qu’en 2025, entre 112 et 124 nouvelles places seront créées dans divers établissements, tandis que 170 places supplémentaires sont attendues en 2026. En 2022, 3 104 enfants étaient confiés à l’ASE, dont 1 706 placés et hébergés. En 2025, ce nombre devrait atteindre 5 138 enfants.
Selon le rapport de la défenseure des droits du 9 mars dernier, depuis 2016, le nombre d’enfants confiés à l’ASE a augmenté de plus de 25 %, et de 85 % si l’on inclut les mineurs non accompagnés, soit deux fois plus rapidement que la moyenne nationale. La défenseure a été alertée en mars 2023 par des professionnels de santé au sujet de la surpopulation dans la pouponnière de Chamalières, entraînant des conséquences néfastes pour les enfants.
Le rapport souligne que la capacité d’accueil budgétisée et l’accueil effectif ont été augmentés, mais pas suffisamment pour répondre à la demande. En 2024, la pouponnière a accueilli jusqu’à 61 enfants, bien au-delà de sa capacité autorisée de 23 places.
Des limites matérielles ont également été signalées, avec un manque de lits et de chaises, contribuant à des conditions de vie inadaptées. Au moment de la publication du rapport, le département a affirmé que les constats de la défenseure reposaient sur des observations anciennes et que des investissements avaient été réalisés pour améliorer la situation.
Actuellement, la capacité d’accueil de la pouponnière est limitée à 41 enfants, mais un décret du 5 septembre 2025 fixe cette capacité à 30 places. Un projet de loi national, attendu depuis le début de l’année, doit être présenté au Conseil des ministres.
Marianne Maximi, députée du Puy-de-Dôme, a souligné la nécessité de répondre aux problématiques professionnelles, évoquant la souffrance des travailleurs du secteur, souvent sous-évalués et en manque de ressources. Elle plaide pour une renationalisation de la protection de l’enfance.
Source : France 3 Auvergne






