Relancer l’industrie en France : des moyens jugés insuffisants par les territoires.
Les travaux autour de la stratégie nationale d’aménagement du territoire, lancés en juin 2026 par Françoise Gatel, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, ont eu lieu lors de trois ateliers les 16 et 17 septembre 2026. Ces rencontres ont réuni des ministres, parlementaires, élus, chercheurs et experts. « On tricote des choses, on a tous une part de la solution, c’est une sorte de puzzle », a déclaré Françoise Gatel à l’issue du premier atelier, consacré à la réindustrialisation.
Ce premier atelier a permis de dresser un état des lieux, présenté par Arnaud Brennetot, professeur de géographie à l’université de Rouen Normandie. Il a souligné que les territoires présentent des trajectoires très hétérogènes, avec des zones de croissance comme la France de l’Ouest et du Midi, et d’autres qui perdent des emplois dans divers secteurs. « On a besoin d’une stratégie différenciée », a-t-il affirmé.
Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, a identifié trois catégories de territoires : les « champions » industriels, ceux en reconquête industrielle, et les territoires d’équilibre. Les champions, selon lui, « n’ont plus trop besoin de nous », tandis que les territoires de reconquête ont « besoin d’un soutien très fort ».
Mieux articuler développement des métropoles et développement du rural
Les participants ont également discuté de l’importance de relier le développement des métropoles à celui des territoires ruraux. Ils ont évoqué des enjeux récents tels que le télétravail, la généralisation de la fibre optique et l’intelligence artificielle. François Philizot, préfet président de l’observatoire des territoires, a mentionné un « exode urbain », citant la Bretagne comme région ayant gagné le plus de population depuis vingt ans.
Les patrons de très petites entreprises (TPE) ont identifié les besoins de recrutement comme prioritaires (57%), suivis par les questions de mobilités et d’accessibilité (16%) et de foncier et immobilier (15%). Jean-Pierre Duport, préfet de région honoraire, a également souligné l’importance de l’accès aux soins, souvent inégal selon les territoires.
Les représentants de Régions de France ont alerté sur les coupes dans le Plan d’investissement dans les compétences (PIC) lancé en 2018. Ces réductions ont entraîné une baisse significative des formations pour les demandeurs d’emploi.
Des dispositifs insuffisamment financés
Les discussions ont également porté sur les dispositifs existants pour favoriser la dynamique industrielle. Bien que le programme « Territoires d’industrie » ait été reconnu pour son approche, il a souffert de coupes budgétaires. Initialement doté de 954 millions d’euros, il a vu son financement réduire au fil des années. Louis-Samuel Pilcer, expert à la Fondation Jean Jaurès, a plaidé pour la réintroduction d’un outil financier solide, suggérant une enveloppe de 20 milliards d’euros par an pour les territoires.
Le volet territorial du programme France 2030, représentant seulement 1% du budget total, a également été jugé insuffisant. Les participants ont souligné la nécessité d’un rééquilibrage des investissements vers les infrastructures locales.
Enfin, le transfert des moyens financiers aux collectivités reste un enjeu majeur, car la loi Notr a transféré des compétences sans les ressources nécessaires. Jalil Benabdillah, vice-président de la région Occitanie, a insisté sur le besoin d’un soutien adéquat pour mettre en œuvre des politiques publiques efficaces.
