En Allemagne, la production d’engrais souffre de la guerre en Iran
La petite ville de Wittenberg, berceau du protestantisme, est un maillon clé de la production d’engrais en Allemagne, une industrie malmenée depuis des semaines par la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz. Une usine chimique y a été fondée dès 1915, en pleine Première guerre mondiale, pour produire de l’azote destiné aux explosifs et engrais et contourner un blocus sur certaines matières premières importées du Chili.
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Un siècle plus tard, « le blocage du détroit d’Ormuz rappelle à quel point il est stratégique d’avoir une production en Europe », affirme Christopher Profitlich, porte-parole de l’entreprise SKW, qui a repris le site en 1993. Ce passage maritime, qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman et par lequel transite un tiers des engrais mondiaux, menace la sécurité alimentaire mondiale, selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC), notamment en Afrique et en Asie du Sud. En Europe, les agriculteurs constatent déjà une flambée des coûts.
Effet domino
Dans un entrepôt, une montagne de poudre blanche à l’odeur âcre s’élève sur plusieurs mètres : il s’agit d’urée, un composant essentiel des engrais. SKW en est le premier producteur d’Allemagne. Un réseau de 23 kilomètres de rails court à travers le site de 220 hectares, pour acheminer urée, ammoniac et engrais finis, principalement à travers le pays mais aussi en Europe.
Du fait des perturbations dans le détroit d’Ormuz, qui ont freiné les exportations des concurrents, l’usine tourne à plein régime. Cependant, la crise énergétique, due à la guerre, entraîne une envolée des coûts de production. L’entreprise table sur une progression de 10 à 20 % de son chiffre d’affaires cette année, tout en soulignant que cette estimation demeure incertaine en raison de la volatilité du marché. SKW n’est pas un « profiteur de guerre », dit son PDG, Carsten Franzke, qui s’attend à dégager un bénéfice nul, car le gaz représente environ 80 % des coûts de production, et son prix a doublé depuis le début du conflit le 28 février.
Conséquences pour les agriculteurs
Cinq cents kilomètres plus au sud, dans le Bade-Wurtemberg, Gerhard Geywitz cultive notamment des céréales et fertilise son sol grâce à des engrais azotés. Depuis le début de la guerre, le prix de l’engrais qu’il achète a bondi de 50 %. L’agriculteur doit absorber cette hausse, faute de pouvoir la répercuter sur le prix des céréales, fixé par le marché mondial et resté stable. M. Geywitz s’inquiète également d’une potentielle pénurie d’engrais d’ici l’an prochain.
« Sans producteur local et une agriculture compétitive, la sécurité alimentaire en Europe est gravement menacée », alerte le syndicat des producteurs allemands d’engrais (BVDM), qui rappelle que plusieurs usines européennes ont fermé ces dernières années. La crise relance le débat sur la dépendance des Européens aux matières premières et sur leur compétitivité face à des concurrents étrangers.
M. Franzke, comme d’autres industriels, appelle à une réforme du marché des crédits carbone, destiné à maîtriser les émissions, mais qui a un coût « supplémentaire ». La Commission européenne a indiqué qu’elle se penchait sur le dossier.
Source : Organisation mondiale du commerce (OMC), SKW



