Primaire sociale-démocrate : Glucksmann et Faure s’opposent sur la rupture avec LFI
Dans un éditorial publié le 30 septembre 2026, Le Nouvel Obs présente la primaire sociale-démocrate comme un moyen d’éviter un duel entre Jean-Luc Mélenchon et l’extrême droite à la présidentielle de 2027. La question que pose le premier débat entre candidats est plus précise : faut-il rompre avec La France insoumise, y compris lors de futures législatives ? Entre règles de la primaire, intentions de vote et financement des partis, plusieurs faits permettent de mer ce que ce choix engage — sans en prédire l’issue. ()
Une primaire à cinq, pas un vote de toute la gauche
Le scrutin doit départager cinq candidats : Olivier Faure, Jérôme Guedj et Ségolène Royal pour le Parti socialiste, Raphaël Glucksmann pour Place publique et Emmanuel Maurel pour la Gauche républicaine et socialiste. Jean-Luc Mélenchon n’y participe pas. Pourtant, lors du débat du 23 septembre, la question des rapports avec LFI a occupé une place centrale. La primaire choisira un candidat dans un périmètre politique défini ; elle ne réglera pas, à elle seule, les relations entre toutes les forces de gauche. ()
Autre précision utile : il ne s’agit pas d’un scrutin public organisé par l’État, ni d’un vote réservé aux seuls militants historiques. Selon les règles publiées par les organisateurs, des sympathisants peuvent participer en versant 15 euros, ou 10 euros au tarif réduit, sous conditions. Le vote est électronique, avec un premier tour prévu les 9 et 10 octobre 2026 et, si nécessaire, un second les 16 et 17 octobre. La date limite d’inscription est le 5 octobre à 23 h 59 pour le premier tour ; une inscription jusqu’au 12 octobre est prévue pour participer au seul second tour. Présenter le 5 octobre comme l’ultime échéance pour voter, sans cette nuance, serait donc inexact. ()
Deux positions sur LFI, et une question laissée ouverte
Dans l’éditorial, Glucksmann défend une rupture nette avec LFI, y compris en vue des législatives. Faure critique lui aussi le mélenchonisme, mais refuse de fermer la porte à de futurs arrangements électoraux. Ce désaccord n’est pas une querelle de vocabulaire : il porte sur les candidatures, les désistements et la possibilité de faire campagne séparément à la présidentielle tout en discutant localement aux législatives. ()
La règle commune de la primaire ne tranche pas aussi nettement que ces prises de position. Le Parti socialiste indique que les candidats doivent s’engager à proposer un rassemblement aux partis de la « gauche démocratique, écologique et républicaine », pour construire notamment un programme et un accord législatif. Ce texte fixe une ambition de rassemblement ; il ne démontre ni qu’un accord avec LFI sera conclu, ni que toutes ses formes seront exclues. La campagne oppose donc des lignes politiques avant qu’existe un accord électoral à examiner. ()
Ce que vaut le « autour de 12 % »
L’ordre de grandeur cité pour Raphaël Glucksmann dans l’éditorial peut être vérifié. Dans une enquête Ipsos bva menée du 3 au 9 septembre 2026 pour le Cevipof, la Fondation Jean-Jaurès, l’Institut Montaigne et Le Monde, il recueille entre 11,5 % et 13,5 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle, selon les candidatures testées. Olivier Faure obtient entre 4,5 % et 5,5 % dans les autres scénarios. Le rapport teste notamment différentes configurations de candidatures au centre : ces pourcentages ne décrivent pas un scrutin déjà fixé. ()
L’enquête a interrogé en ligne 13 060 personnes inscrites sur les listes électorales, selon la méthode des quotas. Pour l’un des scénarios incluant Glucksmann, les intentions de vote sont calculées sur 9 445 répondants inscrits, certains d’aller voter et ayant exprimé un choix. Ipsos indique, pour son score de 11,5 % dans ce scénario, une marge indicative de plus ou moins 0,6 point ; l’institut précise que le calcul strict d’une marge d’erreur concerne les échantillons aléatoires, et non les sondages par quotas. Surtout, l’enquête me une préférence en septembre 2026. Elle ne prouve ni que Glucksmann remportera la primaire, ni qu’il accéderait au second tour en avril 2027. ()
Les sièges ne sont pas l’unique compteur du financement
L’éditorial relie la préservation des sièges socialistes aux financements publics du parti. Le lien existe, mais il mérite mieux qu’un raccourci. La loi répartit l’aide publique en deux fractions égales : l’une dépend des voix obtenues au premier tour des législatives par les candidats rattachés à un parti éligible ; l’autre dépend du nombre de parlementaires qui déclarent s’y rattacher. Gagner ou conserver un siège peut donc compter, mais les voix et les rattachements comptent aussi. On ne peut pas déduire d’une simple discussion sur les désistements le montant que percevrait le PS. ()
Ce que la primaire peut — et ne peut pas — décider
L’éditorial assume une préférence pour une candidature sociale-démocrate et invoque l’histoire des coalitions de gauche. C’est une thèse politique, pas une conclusion fournie par les chiffres de septembre. Inversement, le fait qu’un candidat refuse une alliance avec LFI ne suffit pas à établir combien de sièges son camp obtiendrait sans elle. Les législatives de 2024 ont eu lieu dans un contexte de dissolution et selon un scrutin par circonscription ; leurs résultats ne constituent pas une simulation des législatives futures. ()
À ce stade, le fait établi est plus modeste, mais décisif : cinq candidats doivent être départagés par un électorat inscrit selon les règles des organisateurs, alors qu’ils divergent sur les alliances avec LFI. Le vote pourra désigner une candidature. Il ne transformera ni un sondage en résultat électoral, ni un désaccord stratégique en accord législatif. ()
Source principale : Le Nouvel Obs – Election présidentielle de 2027 (www.nouvelobs.com)
Article original : Consulter la source originale
Auteur : Sylvain Courage
Sources complémentaires
- Organisateurs de la primaire, calendrier, candidats et conditions de participation : https://choisir2027.fr/
- Parti socialiste, modalités du processus de désignation : https://parti-socialiste.fr/actualites/choisir-2027-le-processus-de-designation-du-ou-de-la-candidat-e-socialiste-a-lelection-presidentielle-est-lance/
- Ipsos bva, rapport de l’enquête électorale de septembre 2026 : https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2026-09/enquete-electorale-francaise-2026-vague-3-rapport-complet.pdf
- Légifrance, loi du 11 mars 1988 relative au financement des partis : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000006085777
