
Une finale ça se gagne, et nous l’avons perdue : Patrick Revelli se remémore l’épopée des Verts
Déjà un demi-siècle écoulé, mais une mémoire encore intacte. Cinquante ans plus tard, le football français se remémore avec nostalgie, mardi 12 mai, la finale perdue (1-0) par l’AS Saint-Étienne face au Bayern Munich à Glasgow. Une défaite, certes, mais une légende qui prend racine dans les « poteaux carrés » d’Hampden Park sur lesquels ont buté à deux reprises les Stéphanois.
Cette saison 1975-1976 a marqué l’apogée d’une génération dorée régnant alors quasiment sans partage sur la scène nationale – championne de France en 1974, 1975 et 1976 et victorieuse de la Coupe de France en 1974, 1975 et 1977. À l’échelon européen, les Verts s’illustrent par plusieurs coups d’éclat, notamment face au Hadjuk Split en 1974 (victoire 5-1 après avoir perdu 4-1 à l’aller) ou encore face au Dynamo Kiev en 1976 (victoire 3-0 après avoir perdu 2-0 lors du premier match).
Une épopée verte suivie à la télévision et au stade par au moins 15 millions de Français les soirs de matches, et à laquelle a participé Patrick Revelli. L’ancien attaquant stéphanois, surnommé « Le Gaulois » en raison de sa moustache fournie, a accepté de replonger « avec beaucoup de bonheur » dans ses souvenirs de l’époque, la plus glorieuse page de l’histoire du club de la Loire.
France 24 : 50 ans plus tard, quel souvenir vous revient en premier à l’esprit quand on vous parle de l’épopée des Verts ?
Patrick Revelli : J’ai tellement de souvenirs… Mais le premier qui me revient à brûle-pourpoint, c’est le match retour contre Split. Il y a eu d’autres rencontres, bien sûr : contre Kiev, la demi-finale contre le PSV, la finale face au Bayern… Mais pour moi, cette rencontre contre Split est un peu à part. Elle marque le début de l’épopée verte.
Après l’aller, on était pratiquement battus. Entre les deux rencontres, Georges Bereta nous a dit : « On peut gagner 3-0. » Il nous parlait tous les jours dans le vestiaire de ce match retour. Au point que le jour J, quand on est rentrés sur le terrain, j’étais persuadé qu’on allait gagner 3-0. On a finalement gagné 5-1 après prolongation. Savoir qu’on pouvait renverser une situation compromise, ça a été le déclic.
Comment se passe votre saison 1975-1976 ?
Au début de la saison, Monsieur Rocher, président de l’ASSE, nous dit que c’est bien ce qu’on a fait la saison précédente : une demi-finale de coupe d’Europe, et le doublé championnat de France-Coupe de France. Et il nous dit : « On remet les compteurs à zéro. » À ce moment-là, on sait que pour faire mieux qu’en 1974-1975, il faut qu’on aille en finale. Sur la scène européenne, notre statut a changé : à cette époque, on nous met au même rang que le Real Madrid, le Bayern Munich ou l’Ajax Amsterdam.
D’un point de vue personnel, en quoi votre style de jeu collait-il aux valeurs stéphanoises ?
À l’origine, je suis issu du centre de formation de l’ASSE, donc dans l’esprit des gens j’ai toujours fait partie de la ville. Les valeurs stéphanoises, c’est le travail, l’abnégation, la solidarité, le courage et la ténacité. Je pense que j’avais ces valeurs-là, donc les gens se reconnaissaient facilement en moi.
En 1976, Saint-Étienne s’incline 2-0 sur la pelouse du Dynamo Kiev lors du match aller. Au retour, vous délivrez deux passes décisives sur les trois buts marqués par votre équipe. Comment avez-vous vécu cette rencontre ?
C’est une rencontre particulière pour moi. J’ai joué à l’aller, mais je ne suis pas titulaire au match retour. J’avais mal pris le fait d’être remplaçant, mais je n’ai jamais montré mon mécontentement à l’entraîneur. On me fait rentrer à la mi-temps, et je fais marquer le premier but à mon frère, et surtout le troisième but : je déborde et je centre pour Dominique Rocheteau.
On en vient à cette finale perdue face au Bayern Munich à Glasgow. Que retenez-vous de ce match, 50 ans plus tard ?
Que c’est à la fois un bon et un mauvais souvenir. On va en finale, mais après on dit qu’une finale ça se gagne, et nous l’avons perdue. On fait deux tirs sur les poteaux, ce qui a donné la légende des « poteaux carrés ». Maintenant il y a un restaurant qui porte leur nom à Saint-Étienne, et les vrais poteaux d’époque sont exposés au musée des Verts.
Vous pensez que vous auriez gagné la finale si les poteaux avaient été ronds ?
Non, je ne pense rien du tout. Les occasions qu’on a eues, on ne les a pas mises au fond. Les poteaux carrés, c’est bien pour la légende, mais on a surtout manqué de réussite. Ce jour-là, le dieu du football n’était pas de notre côté.
À votre retour à Paris, vous êtes célébrés sur les Champs-Élysées et reçus par Valéry Giscard d’Estaing à l’Élysée, malgré la défaite. Comment réagissez-vous à ce moment-là ?
Aujourd’hui encore on n’en revient pas. On passe à France Inter, puis on descend les Champs-Élysées, et après on va à l’Élysée rencontrer le président. Nous, on est dans un état second, on est ailleurs et on suit le mouvement.
Quel héritage pensez-vous avoir laissé, 50 ans plus tard ?
D’avoir été une équipe qui a fait vibrer la France. La France était derrière nous et ça, ça faisait chaud au cœur. Je suis très heureux encore aujourd’hui d’être reconnu dans la rue et que les gens me reparlent de cette époque-là.
Source : France 24





