![[PARTENARIAT] Le paradoxe du manou](https://www.lnc.nc/sites/default/files/melody/313545/6a602f87eae964e60f1702v_00137381.jpg)
Le paradoxe du manou en Nouvelle-Calédonie
Faut-il continuer à importer des manous pour la coutume, alors que ces tissus pourraient être transformés localement ? Cette question a progressivement émergé au sein de la Feinc, une fédération engagée à soutenir l’activité locale et valoriser les ressources du territoire. Dans les cérémonies coutumières, le manou joue un rôle symbolique fort, circulant entre les familles et accompagnant les paroles échangées. Pourtant, une grande partie de ces tissus provient actuellement de Chine, souvent emballés dans du plastique. Parallèlement, la Nouvelle-Calédonie est confrontée à un surplus de textiles, avec des vêtements usés, des chutes d’ateliers et des invendus représentant près de 70 % des dons reçus par La Ressourcerie.
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Le déclic
Pour Florence Frère, chargée d’études à la Feinc, l’idée d’une collaboration avec La Ressourcerie a germé après avoir constaté l’utilisation excessive de textiles importés. L’objectif est de produire localement des manous à partir de textiles récupérés, en utilisant des matériaux déjà disponibles sur le territoire. Les tissus proviennent de chutes textiles, souvent destinées à être jetées, et comprennent des étoffes aux motifs océaniens.
Créativité
Le processus de création repose sur le principe du patchwork. Chaque manou est constitué de morceaux de tissu découpés et cousus ensemble, permettant une composition unique pour chaque pièce. Marie Luneau, responsable des ateliers créatifs à La Ressourcerie, souligne que la diversité des tissus guide le résultat final, rendant chaque assemblage distinct.
Redonner de la valeur à l’objet
Ces manous, réalisés à partir de textiles récupérés, peuvent désormais être utilisés non seulement comme objets de cérémonie, mais aussi comme nappes, textiles décoratifs ou souvenirs. Actuellement, la Feinc a passé une première commande de vingt manous, marquant le début d’une expérimentation visant à démontrer qu’une alternative locale existe. Cette initiative soulève des questions sur la place des ressources locales dans des pratiques profondément ancrées dans la tradition.
La Ressourcerie et l’économie circulaire
À la rentrée, La Ressourcerie a déménagé dans un nouveau local à Nouméa, où elle continue de revaloriser des objets et matériaux destinés à devenir des déchets. Environ 75 % de son stock est constitué de textiles. Chaque mois, plusieurs tonnes d’objets, y compris des vêtements et des meubles, passent par ses ateliers, où une partie est réparée ou revendue en seconde main.
Cadre législatif
En 2025, la Nouvelle-Calédonie a adopté une loi permettant la création du label Esus (Entreprise solidaire d’utilité sociale), destiné à reconnaître les initiatives locales favorisant l’utilité sociale et l’économie circulaire. Les structures intéressées peuvent désormais demander ce label auprès de la Decat, facilitant l’accès à des financements publics.
Cette initiative met en lumière l’importance de valoriser les ressources locales, tout en questionnant les pratiques traditionnelles face aux enjeux contemporains de durabilité et de consommation responsable.
Source : La Ressourcerie, Feinc




