Objectif Lune : le plan de bataille de la Nasa pour s’y installer

Objectif Lune : le plan de bataille de la Nasa pour s’y installer

Alors que la mission Artemis II s’est achevée avec succès, la véritable conquête ne fait que commencer. L’enjeu : devancer Pékin, asseoir une présence américaine permanente et transformer l’astre en tremplin vers Mars.

L’administrateur de la Nasa, Jared Isaacman, a déclaré lors du sommet stratégique « Ignition » que l’objectif n’est plus de laisser des drapeaux et des empreintes, mais de rester. Pour y parvenir, la Nasa cible le pôle Sud lunaire, où des cratères pourraient abriter des substances volatiles et de la glace d’eau préservées depuis des milliards d’années. L’exploitation de ces ressources est considérée comme essentielle pour produire in situ de l’oxygène, de l’eau et, à terme, le carburant nécessaire pour les missions vers Mars.

Cependant, s’emparer de ces ressources implique d’affronter des contraintes majeures. Le cratère Shackleton, par exemple, est deux fois plus profond que le Grand Canyon terrestre, et certaines zones sont plongées dans l’obscurité quasi permanente. Ces conditions compliqueront considérablement les opérations de surface, rendant le maintien des communications radio difficile.

Rationalisation budgétaire et tests en orbite

Face à cette mission complexe, la Nasa a dû revoir ses priorités, notamment en raison de l’ambition de Pékin d’envoyer ses propres astronautes sur la Lune d’ici 2030. Le projet de station orbitale Gateway est mis en pause au profit des infrastructures de surface, dans le cadre d’un plan d’investissement de 20 milliards de dollars sur les sept prochaines années.

Dans cette nouvelle architecture, la mission Artemis III est redéfinie comme un vol d’essai en orbite terrestre, sans alunissage prévu, permettant d’éprouver les systèmes de rendez-vous et d’amarrage avec les futurs atterrisseurs commerciaux. Le premier alunissage habité américain est désormais visé pour la mission Artemis IV, prévue pour début 2028.

Prospection robotique et montée en puissance

La Nasa a élaboré une feuille de route en trois phases pour son camp de base lunaire. La première phase (2026-2028) reposera sur la robotique, avec des missions visant le pôle Sud via le programme CLPS (Commercial Lunar Payload Services). La cadence des lancements devrait atteindre une dizaine par an en 2027 et 2028 pour cartographier le terrain.

Des essaims de drones, appelés « Moonfall », et des véhicules tout-terrain capables de franchir des pentes à 20 degrés sont envisagés. Pour résister au froid polaire, l’intégration de petites unités de chauffage à isotopes radioactifs est prévue.

Infrastructure lourde et transition énergétique

La deuxième phase (2029-2032) marquera le début des chantiers de surface, avec un rover pressurisé d’environ 15 tonnes développé en collaboration avec l’agence spatiale japonaise (JAXA). Ce rover permettra aux astronautes de travailler sans scaphandre. Des engins de terrassement et un réseau de communications de surface sont également envisagés, ainsi que l’installation de mâts solaires et de systèmes d’alimentation nucléaire à fission.

Exploitation permanente et autosuffisance

La troisième phase (à partir de 2033) prévoit le déploiement de modules d’habitation interconnectés, avec une capacité de 8 000 kg par voyage pour les atterrisseurs cargos. La Nasa espère extraire les ressources in situ, comme l’eau et l’oxygène, et utiliser le régolithe pour imprimer en 3D de nouvelles infrastructures, visant à créer un véritable « quartier industriel ».

L’épreuve de la réalité

Cette logistique ambitieuse vise à faire de la Lune un terrain de validation technique avant de lancer des expéditions vers Mars. Cependant, les défis politiques, budgétaires et techniques demeurent. Jared Isaacman a souligné la nécessité pour la Nasa de « gagner le droit » de solliciter de nouveaux financements.

La réussite de ce calendrier agressif dépendra de décisions politiques futures et de la maturité technologique du lanceur Starship HLS de SpaceX, essentiel pour le retour des hommes sur la Lune.

Source : Le Point

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