Naissances sous contrôle : quand l’extrême droite rêve d’une maternité industrialisée !
Le fait principal
La France voit une augmentation alarmante des mortalités périnatale et infantile, conséquence directe d’un système de santé en proie à des logiques de rentabilité et d’industrialisation des naissances. Les mes prises par les pouvoirs publics, loin de résoudre le problème, semblent plutôt l’aggraver.
Ce qui s’est passé
La chercheuse Clélia Gasquet-Blanchard, maîtresse de conférences à l’École des hautes études en santé publique, souligne que les soins médicaux, initialement motivés par la sécurité des patientes, sont désormais influencés par des enjeux financiers. Les accouchements, qui devraient être des événements physiologiques, sont souvent traités comme des actes rentables, favorisant les césariennes, plus rémunératrices que les accouchements par voie basse. En effet, une césarienne entraîne une hospitalisation de 5 jours contre 2 ou 3 pour un accouchement naturel.
Le contexte
Depuis 1998, l’État a imposé un seuil minimal de 300 accouchements par an pour qu’une maternité conserve son autorisation d’activité obstétrique. Cette décision a conduit à la fermeture de 40 % des maternités, majoritairement celles de niveau 1, destinées aux patientes à bas risque. Ce désengagement du public accroît les inégalités, notamment pour les femmes vivant à plus de 30 minutes d’une maternité, dont le risque de décès néonatal double. En 2024, la mortalité périnatale atteignait 12 pour 1000 dans les communes les plus défavorisées, contre 9,5 dans les moins défavorisées.
Les chiffres à retenir
- 12 pour 1000 : taux de mortalité périnatale dans les communes les plus défavorisées en 2024.
- 9,5 pour 1000 : taux de mortalité périnatale dans les communes les moins défavorisées.
- 40 % : proportion de maternités fermées depuis 1998.
- 60 % : pourcentage d’accouchements pratiqués par des sages-femmes en France.
Ce que cela révèle
Ce « capitalisme sanitaire » crée un accouchement à deux vitesses. D’un côté, le secteur privé attire les patientes solvables, tandis que l’hôpital public, souvent dévalorisé, peine à maintenir une prise en charge de qualité. Les maternités, en quête de labels pour attirer des patientes, rivalisent d’oxymores tels que « césarienne naturelle ». La réalité est que les femmes doivent désormais naviguer dans un système où la rentabilité prime sur la qualité des soins, et où leur santé mentale est sacrifiée — le suicide étant devenu la première cause de mortalité maternelle en France.
Ce qu’il faut retenir
Les solutions existent, mais elles nécessitent des choix politiques clairs et un engagement à long terme pour améliorer les conditions de vie et de travail des femmes enceintes. La France doit repenser sa politique de santé pour garantir des soins de qualité, accessibles à toutes, et non pas uniquement aux plus riches. À l’heure où le gouvernement prône la natalité, les actes parlent d’eux-mêmes : un système en crise, des maternités fermées, et des mères en détresse.
Source : Clélia Gasquet-Blanchard, École des hautes études en santé publique.
