
Montargis : Autopsie d’un Déclassement
Ancien maire communiste de Montargis de 1997 à 2001, Jacques Reboul, arrivé en 1967 comme cheminot, analyse l’évolution de la ville. Il décrit un déclassement progressif, qu’il attribue à des choix économiques et politiques accumulés sur plusieurs décennies.
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« Le Montargis que j’ai connu dans les années 1970 était une ville en pleine transformation », souligne Reboul. Dans cette période, la ville bénéficiait de grands programmes de logements, attirant une population jeune et dynamique. À cette époque, Montargis comptait près de 18 000 habitants, contre 14 825 aujourd’hui. Les jeunes couples, souvent ouvriers ou employés, apportaient une diversité sociale qui changeait l’ambiance de la ville.
Cependant, dès la fin des années 1970, un premier basculement s’opère. L’accession à la propriété en périphérie entraîne une diminution de la population dans le centre-ville, au profit des communes voisines comme Amilly, Châlette-sur-Loing ou Villemandeur. Ce phénomène s’accompagne d’un vieillissement de la population restée sur place.
Désindustrialisation et Fragilisation Sociale
Le socle industriel du Montargois se fissure à partir du milieu des années 1970, avec des entreprises qui commencent à licencier puis à fermer. Par exemple, l’usine Hutchinson de Châlette-sur-Loing est passée de 5 000 ouvriers dans les années 60 à environ 1 000 salariés aujourd’hui. La désindustrialisation a entraîné un appauvrissement significatif des couches populaires, qui se poursuit.
Parallèlement, les commerces de centre-ville disparaissent progressivement, au profit des zones périphériques.
La Fermeture de l’EAT
Pour Jacques Reboul, la fermeture de l’École d’application des transmissions (EAT) dans les années 1990 constitue un choc majeur pour la ville. L’établissement représentait environ un millier de personnes, sans compter les familles, et jouait un rôle clé dans la vie locale. Au milieu des années 1990, le gouvernement a décidé de dissoudre l’EAT, entraînant un départ massif de personnels et une perte de vitalité sociale.
Reboul critique sévèrement l’absence d’évaluation de l’impact de cette fermeture sur la démographie, la vie associative et l’économie locale. Il conclut : « De ce coup-là, Montargis ne s’est jamais relevé. »
Érosion des Services Publics
Dans les années suivantes, Montargis subit une érosion continue de ses services publics, souvent recentrés vers Orléans. La disparition de la ligne SNCF vers Orléans symbolise un abandon progressif des services, renforçant un sentiment de relégation parmi les habitants. Reboul note que « Quand on parle de Montargis, on parle de l’autre bout du monde. »
Une Ville Plus Pauvre et Plus Inégalitaire
Aujourd’hui, Montargis fait face à une perte de cohésion sociale. Beaucoup de logements sont occupés par une seule personne là où il y en avait plusieurs auparavant. Les inégalités se creusent, avec des personnes très pauvres côtoyant celles disposant d’un bon patrimoine.
Reboul souligne une rupture morale, affirmant qu’« il y avait un espoir dans les années 1970, mais aujourd’hui, l’avenir est sombre. » Il estime que le déclassement de Montargis n’est pas une fatalité isolée, mais un symptôme d’un affaiblissement plus large des villes moyennes, prises entre métropolisation et retrait de l’État.
Source : Izabel Tognarelli, Magcentre.






