
Mobilisation en Polynésie française contre la violence infantile en constante augmentation
Jeudi 30 avril, la Journée internationale de la non-violence éducative a été marquée par l’initiative de l’association polynésienne « Une Enfance sans violence », fondée en octobre dernier. Lors d’un événement slam à l’Université de Polynésie française, le poète calédonien Paul Wamo a exprimé un message fort, appelant à un changement de perspective sur les enfants, en lien avec la réalité du fenua et de l’Océanie.
L’association met en avant trois axes principaux dans son « dispositif SOS ». Le premier, la sensibilisation, vise à « faire prendre conscience de l’impact des violences éducatives sur le développement de l’enfant ». Les deux autres axes incluent l’organisation de formations et de partenariats, ainsi que le soutien aux familles et aux professionnels de l’enfance. Vanille Chapman, fondatrice de l’association, souligne l’importance de réfléchir aux pratiques institutionnelles pour éviter des drames.
Une marche blanche pour les enfants victimes de violence
Une Enfance sans violence s’associe à l’association Te Feti’i pour organiser, le samedi 23 mai, une marche blanche à Papeete et dans les îles. Cet événement vise à rendre hommage aux enfants victimes de violences familiales. Te Feti’i a rappelé plusieurs cas tragiques survenus ces dernières années, soulignant que beaucoup de ces drames ne sont souvent visibles qu’après coup.
Rahei Thunot, présidente de Te Feti’i, et Vanille Chapman préparent un plaidoyer qui sera remis aux autorités locales à l’issue de la marche, qui se conclura devant la présidence.
La violence éducative : un enjeu social
L’association s’appuie sur des recherches menées par deux universitaires de l’UPF, Lucile Hervouet et Loïs Bastide. Ces travaux mettent en lumière que les violences éducatives ne sont pas spécifiques à une culture, mais plutôt liées à des conditions sociales et structurelles. Vanille Chapman souligne que la violence éducative est ancrée dans des rapports de domination, souvent liés à l’âge, au genre ou au milieu social.
Statistiques alarmantes sur la violence infantile
Des études révèlent des chiffres préoccupants : 40 % des personnes interrogées en Polynésie affirment avoir subi des violences physiques durant leur enfance. En 2024, 73 % des atteintes à l’intégrité physique recensées dans le territoire sont des violences intrafamiliales. Dans les établissements scolaires, quatre enfants sur dix sont exposés à des violences physiques ou psychologiques.
Concernant les violences sexuelles, la prévalence des viols sur mineurs en Polynésie est de 3,4 pour 10 000 habitants, contre 2,6 pour 10 000 en métropole. Les signalements de violences sexuelles ont quasiment doublé depuis 2020, avec 429 cas rapportés en 2022, dont plus de la moitié concernent des mineurs.
Vanille Chapman insiste sur la nécessité d’études de terrain pour mieux comprendre l’ampleur du problème et développer des solutions adaptées.
Source : Une Enfance sans violence, Te Feti’i, Université de Polynésie française.




