Visites familiales, démarches administratives ou retour dans une ville natale : plusieurs Russes installés à l’étranger ont été arrêtés après être rentrés dans leur pays. Dans un rapport publié fin septembre, l’ONG Memorial recense 24 cas, dont certains se sont soldés par de lourdes peines. Les téléphones examinés aux frontières et d’anciens transferts d’argent figurent parmi les éléments utilisés dans certaines affaires. (memopzk.org)
Des retours suivis de lourdes condamnations
Mikhaïl Lochtchinine, informaticien russo-belge de 48 ans, était revenu à Saint-Pétersbourg à l’été 2025 pour rendre visite à son père, victime d’un infarctus. Lors du passage de la frontière entre la Lettonie et la Russie, les gardes-frontières ont contrôlé son téléphone et relevé des contacts ukrainiens, dont celui de son ancienne compagne.
La justice russe lui a reproché un virement d’environ 30 euros qu’il lui aurait envoyé en 2022. Le 2 juin 2026, il a été condamné à 16 ans de colonie pénitentiaire pour haute trahison. Son cas figure dans le nouveau recensement de Memorial, qui avait déjà consacré un premier rapport à 16 autres personnes arrêtées après leur retour. (memopzk.org)

Le philosophe russo-canadien Nikolaï Zyuzev, âgé de 70 ans, a lui aussi été condamné pour haute trahison. Il était retourné en juin 2025 dans son village natal, dans la République des Komis, pour voir sa famille. Le 16 septembre 2026, la justice lui a infligé sept ans de prison. Les autorités lui reprochent notamment un projet portant sur les peuples autochtones de Russie, financé par des subventions étrangères. Il avait également critiqué la guerre en Ukraine et défendu une autonomie accrue pour ces peuples.
Selon Memorial, les motifs de retour sont souvent familiaux ou pratiques : au moins sept personnes recensées voulaient retrouver leurs proches ou s’occuper d’un membre de leur famille malade ; cinq autres étaient revenues pour obtenir ou renouveler des documents. L’organisation estime toutefois que ses données ne rendent pas compte de tous les cas. Anna Karetnikova, juriste et défenseure des droits humains réfugiée en France, explique que des personnes arrêtées et leurs proches préfèrent parfois ne pas parler publiquement de l’affaire, dans l’espoir qu’elle se règle.
Des transferts anciens au cœur d’autres affaires
Les poursuites recensées ne portent pas toutes sur la haute trahison. Alexandre Louniov, animateur radio et informaticien originaire de Tomsk, est poursuivi pour des dons présumés à la Fondation anticorruption (FBK) d’Alexeï Navalny, classée « extrémiste » par les autorités russes. Installé à Prague depuis 2022, il s’est rendu à Tomsk avec sa famille. Arrêté le 3 août 2026, il est accusé d’avoir effectué sept virements au FBK à partir de 2021, pour un total de 7 000 roubles, soit environ 70 euros. Il est en détention provisoire et risque jusqu’à huit ans de prison.
Une autre affaire a été signalée après la publication du rapport. Elena Matouchevskaïa, productrice et ancienne collaboratrice de la chaîne indépendante TV2, est revenue de Serbie en Russie pour des raisons professionnelles. Interpellée à Krasnoïarsk puis transférée à Tomsk, elle a été placée en détention provisoire le 2 octobre, jusqu’au 29 novembre. Comme Alexandre Louniov, elle est accusée d’avoir financé le FBK : les enquêteurs lui imputent sept virements effectués entre 2021 et 2022, d’un montant total de 3 500 roubles. Elle encourt jusqu’à huit ans de prison.
Le téléphone, un élément central des contrôles
Memorial rapporte que les téléphones peuvent être examinés lors des contrôles frontaliers. Les enquêteurs s’intéresseraient notamment aux contacts ukrainiens, aux conversations, aux publications sur les réseaux sociaux et aux transactions bancaires. Anna Karetnikova indique que, parmi les 24 personnes recensées, dix ont subi des détentions administratives successives, parfois sous des motifs tels que des insultes présumées ou une tentative de fuite devant la police. Ces arrestations peuvent précéder une procédure pénale.
La juriste appelle les Russes vivant à l’étranger à mesurer les risques avant tout retour. Elle cite notamment les séjours passés en Ukraine, les échanges avec des citoyens ukrainiens, les publications contre la guerre ou Vladimir Poutine, ainsi que les images de manifestations à l’étranger. Memorial souligne également que les procès pour haute trahison sont généralement tenus à huis clos et que les informations disponibles sur certaines affaires restent limitées. (memopzk.org)
Source : RFI – Actualités, info, news en direct – Radio France Internationale (www.rfi.fr)
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Auteur : Anya Stroganova








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