
Ça fait vingt ans qu’on demande cette dépollution : la calanque de Saména rouvre après des mois de travaux
Ce vendredi, les Marseillais·es retrouvent la calanque de Saména, fermée depuis plusieurs mois pour des travaux de dépollution. Connues pour leurs eaux cristallines et leurs falaises de calcaire, les calanques marseillaises ont un passé industriel méconnu. Pendant près de deux siècles, elles ont abrité une vingtaine d’usines produisant du plomb, de l’acide tartrique, de la soude, du verre et du soufre. Cette production chimique, bien que bénéfique pour le développement économique de la région, a engendré une pollution significative. Du quartier de Montredon jusqu’à celui des Goudes, dans le huitième arrondissement de Marseille (Bouches-du-Rhône), 29 hectares sont pollués par des scories, déchets issus de la production métallurgique.
Il aura fallu attendre vingt ans après la première alerte sanitaire et une condamnation de l’État pour « carences fautives » en 2024 pour que ces scories soient enfin enlevées. Depuis le 1er septembre 2025, un ballet de pelleteuses, de camions et d’ouvriers en combinaisons blanches anime le paysage. Très fréquentée l’été, la calanque de Saména fait partie des premiers sites à être dépollués. Nathalie Anton, présidente du comité d’intérêt de quartier de Saména, exprime son soulagement : « On savait que la pollution existait, mais on n’avait pas vraiment conscience du danger. » De plus en plus soucieuse pour sa santé, elle réalise des prises de sang régulières : « Pour l’instant, je n’ai jamais dépassé les seuils d’alerte. »
Le chantier s’arrête pour la période estivale, avant de reprendre en septembre pour traiter 13 autres sites pollués sur le littoral sud. Les scories, visibles sous forme de grands coussins couleur rouille et noir, présentent des risques pour l’environnement et la santé humaine. En 2005, l’INVS, l’ancêtre de l’Agence régionale de santé, avait déjà alerté sur des taux élevés de plomb et d’arsenic, concluant à un risque sanitaire pour les enfants vivant à l’Escalette ou fréquentant la plage de Saména.
Pour Rolland Dadéna, membre de l’ASLS (Association santé littoral sud), la promenade le long des calanques se transforme souvent en reportage photographique pour documenter l’avancée des travaux. « On n’est pas hostile aux travaux, ça fait vingt ans qu’on demande cette dépollution », rappelle-t-il.
Le chantier a été perturbé par des tempêtes cet hiver, poussant l’État à prolonger la durée des travaux. Les capteurs installés aux abords du chantier surveillent la pollution de l’air, et des prélèvements ont été réalisés dans la mer. Malgré ces efforts, Rolland Dadéna regrette qu’aucune veille sanitaire n’ait été mise en place par l’Agence régionale de santé (ARS), qui a déclaré qu’il n’y avait pas eu de cas de saturnisme signalés en dix ans.
Un budget de 14 millions d’euros, réparti entre l’État, le département, la Ville de Marseille et la métropole, est alloué pour ce chantier. L’Agence de la transition écologique (Ademe) supervise les travaux. Lors de la première phase de mise en sécurité, 2 500 tonnes de déchets toxiques ont été enlevées.
Alors que les scories sont parfois enlevées, d’autres sont confinées sur place sous des couches de géomembranes et de béton. L’usine Legré-Mante, fermée en 2009, demeure un vestige de ce passé industriel. Des blocs de résidus de plomb et d’arsenic continuent d’être engloutis par les vagues, soulignant la persistance de la pollution.
L’usine a été rachetée en 2017 par un fonds d’investissement suisse, qui souhaite la transformer en logements. En 2024, ce fonds a également été condamné à dépolluer l’usine, mais aucun travail concret n’a encore été entrepris.
Source : Vert






