
Les pays du Golfe peuvent-ils se passer du détroit d’Ormuz ?
Le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le transport maritime, est au cœur des préoccupations des monarchies du Golfe. Alors que le Koweït, le Qatar et le Bahreïn dépendent entièrement de ce passage, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont développé des alternatives limitées grâce à des oléoducs reliant la mer Rouge et le golfe d’Oman.
Avec le blocage par l’Iran du détroit d’Ormuz, ces pays reconsidèrent leurs routes pétrolières et commerciales. Des experts soulignent que cette situation est un impératif stratégique, mais qu’elle est compliquée par des contraintes structurelles et des rivalités économiques. En réponse à la fermeture de cette voie maritime vitale, les pays de la région ont intensifié leur coopération logistique et mis en place des itinéraires de remplacement depuis le début des hostilités au Moyen-Orient, déclenchées par des frappes israélo-américaines sur l’Iran le 28 février.
Badr Jafar, émissaire spécial des Émirats, a déclaré dans une tribune au Financial Times : « Quelle que soit la manière dont la crise actuelle sera résolue, aucun gouvernement ne reviendra à une posture de dépendance stratégique à l’égard d’un passage étroit contrôlé par un voisin imprévisible ». Il a ajouté que les oléoducs seraient étendus et que les capacités portuaires seraient développées.
Les chiffres illustrent cette situation critique : selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), près de 20 millions de barils de brut et de produits pétroliers transitent par le détroit d’Ormuz chaque jour. En revanche, les oléoducs des Émirats et de l’Arabie saoudite offrent une capacité supplémentaire limitée, estimée entre 3,5 et 5 millions de barils par jour. La dépendance est encore plus marquée pour le gaz naturel liquéfié, principalement produit par le Qatar.
Les alternatives terrestres, comme le transport par rail, sont jugées coûteuses par rapport au transport maritime. L’Arabie saoudite a lancé des corridors commerciaux reliant le Golfe à la mer Rouge et à la frontière jordanienne, mais les capacités restent limitées. De plus, le projet ferroviaire du Conseil de coopération du Golfe, censé relier les six États membres d’ici 2030, accumule des retards.
Les tensions autour du détroit d’Ormuz pourraient favoriser des projets d’intégration régionale, mais les gouvernements doivent faire face à des priorités nationales divergentes. La perte de revenus pétroliers et la hausse des dépenses militaires pourraient exacerber les rivalités économiques entre les États du Golfe, notamment entre Riyad et Abou Dhabi.
La crise actuelle met en lumière les défis géopolitiques et économiques que doivent surmonter les pays du Golfe pour sécuriser leurs routes commerciales et réduire leur dépendance à l’égard du détroit d’Ormuz.
Source : BFM TV






