« L’innovation numérique n’est pas nécessairement messianique, bienveillante, bienfaisante »

L’innovation numérique n’est pas nécessairement messianique, bienveillante, bienfaisante

L’effondrement de la biodiversité suscite des inquiétudes légitimes, mais un autre effondrement, celui de la techno-diversité, est également en cours. Alors que le discours dominant présente l’ère numérique comme inéluctable et bénéfique, de nombreuses techniques non numériques sont en voie d’extinction. Cette situation soulève des questions quant à la possibilité d’un progrès technologique alternatif.

L’abandon des technologies analogiques, justifié par une prétendue durabilité du numérique, est un exemple frappant. Pourtant, la consommation énergétique et matérielle du numérique continue d’exploser. Les outils artisanaux sont désormais considérés comme des produits de luxe, et l’écriture manuscrite se fait de plus en plus rare. Ce phénomène d’homogénéisation technique est sans précédent.

Les outils numériques, dès leur conception, sont souvent voués à l’obsolescence programmée et à l’irréparabilité, créant une dépendance envers des monopoles technologiques. Les infrastructures numériques tendent à écarter tout ce qui n’est pas compatible, rendant ainsi les systèmes techniques opaques et difficiles à comprendre pour les utilisateurs.

Au-delà de la simple constatation de l’extinction de certaines techniques, il est crucial de dénoncer les attaques contre les savoir-faire traditionnels, souvent qualifiées de « paradigme technocratique ». Ce cadre conditionne non seulement nos vies quotidiennes, mais aussi le fonctionnement de la société, en privilégiant les méthodes axées sur l’innovation et l’efficacité.

Cette dynamique d’uniformisation affecte nos pratiques quotidiennes, rendant difficile toute critique face à un monde interconnecté. Comme l’a souligné le philosophe Mark Fisher, l’idée que le capitalisme est le seul système viable rend presque impossible l’imagination d’alternatives.

La fin de la techno-diversité ne signifie pas seulement la disparition de diverses techniques, mais aussi celle de modalités différentes d’interaction avec le monde. Ce phénomène est indissociable d’une crise politique plus large et d’un sentiment d’impuissance face à une planète épuisée par l’extraction et la combustion.

Dans ce contexte, désirer des alternatives aux modèles technologiques dominants est souvent perçu comme une nostalgie ou une résistance suspecte. Pourtant, un réinvestissement dans la diversité des techniques pourrait constituer une forme de résistance infrastructurelle.

Cette critique ne vise pas à rejeter le numérique, mais à promouvoir des formes d’autonomie et à assumer collectivement la responsabilité de nos outils. La réappropriation technique pourrait ainsi ouvrir de nouveaux horizons, permettant d’imaginer des futurs anti-technocratiques.

Source : La Croix

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