L’impact négatif de l’intelligence artificielle sur nos capacités cognitives
On nous a longtemps présenté le recours à l’intelligence artificielle (IA) comme un moyen de devenir des humains « augmentés ». Cependant, des études récentes suggèrent que son utilisation pourrait avoir un effet négatif sur nos capacités cognitives.
La plupart des travaux scientifiques des dernières années se sont concentrés sur les ruptures majeures causées par le déploiement de l’IA dans divers domaines, tels que l’art, le travail et la science. En revanche, les études examinant les effets plus subtils de cette technologie sont moins fréquentes.
Des chercheurs du MIT, d’Oxford et de Carnegie Mellon ont récemment réalisé une étude qui illustre ce phénomène, en s’inspirant de l’expérience de la grenouille ébouillantée. Dans cette expérience, une grenouille plongée dans une eau chaude qui chauffe progressivement finit par être cuite, alors qu’elle aurait réagi rapidement si l’eau avait été déjà à ébullition.
Les chercheurs ont mesuré l’effet de l’IA sur un panel de 1 222 personnes utilisant cette technologie pour résoudre divers problèmes. Les résultats montrent que ceux qui ont été autorisés à utiliser l’IA pendant environ dix minutes pour des tâches en mathématiques ou en compréhension de lecture ont obtenu de moins bons résultats, avec un nombre accru de réponses incorrectes par rapport à ceux qui n’ont pas bénéficié de cette assistance.
De plus, les participants ayant eu recours à l’IA ont montré une tendance à abandonner plus rapidement leurs tâches. Cela suggère que l’assistance numérique pourrait engendrer une forme de paresse intellectuelle. Ce constat a été observé de manière similaire dans trois échantillons différents, renforçant l’idée que nos capacités cognitives s’émoussent lorsque nous externalisons notre pensée aux algorithmes.
Une publication cosignée par Daron Acemoglu, Prix Nobel d’économie 2024, et deux autres chercheurs du MIT, souligne un paradoxe inquiétant : bien que l’IA puisse améliorer la qualité des décisions à court terme, elle pourrait aussi « éroder les incitations à l’apprentissage qui soutiennent la connaissance collective à long terme », menant à un effondrement des savoirs individuels.
Cela souligne l’importance de reconsidérer nos méthodes d’apprentissage à une époque où les technologies promettent une immédiateté. Comme le rappelle Jean de La Fontaine, « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage ».
Source : Étude du MIT, Universités d’Oxford et Carnegie Mellon.






