
Les graphistes face à l’IA : une profession en mutation
Jusqu’à récemment, les métiers créatifs, tels que le graphisme, étaient considérés comme protégés de l’intelligence artificielle (IA). Cependant, cette perception a été bouleversée par l’émergence rapide d’outils d’IA capables de générer des images et des publicités, mettant en péril l’emploi dans ce secteur.
Les croyances selon lesquelles les professions créatives étaient à l’abri des nouvelles technologies ont été largement partagées. Pourtant, avec l’arrivée des outils d’IA, cette idée a été remise en question. Juliette, une jeune diplômée d’une école de graphisme, témoigne que l’IA n’était pas un sujet de discussion lors de ses premières années d’études. Elle note que des soupçons ont commencé à émerger parmi les enseignants concernant l’utilisation de l’IA par des élèves pour leurs créations.
Malgré une certaine confiance parmi ses camarades, Juliette exprime des inquiétudes face à un marché de l’emploi en mutation. Elle rapporte que son entourage lui fait part de leurs craintes quant à ses perspectives professionnelles, affirmant qu’elle pourrait « être dans la merde » et avoir des difficultés à trouver un emploi.
Selon Yann Ferguson, sociologue expert en IA et emploi, la conviction que les métiers créatifs étaient à l’abri de l’IA a été largement répandue jusqu’à récemment. Le rapport Villani de 2018 soulignait que la créativité était une compétence essentielle dans un monde en constante évolution, garantissant une certaine sécurité d’emploi pour ceux qui excellaient dans ce domaine. Cependant, cette certitude a été ébranlée, car l’IA est désormais capable de produire des résultats économiquement viables, ce qui dévalorise le travail des graphistes.
De nombreux jeunes diplômés, comme Juliette, choisissent de se lancer en freelance, attirés par la liberté de travailler sur divers projets. Cependant, la réalité du marché est difficile. Luna, une graphiste freelance, explique qu’il est de plus en plus compliqué de trouver un emploi stable, avec une surabondance de candidatures pour des stages ou des alternances. Elle constate également que les entreprises se tournent de plus en plus vers des solutions d’IA pour générer des visuels, ce qui réduit les opportunités pour les professionnels du secteur.
Les marques, tout en explorant l’IA pour leurs campagnes publicitaires, rencontrent des succès et des échecs. Par exemple, la publicité de Noël d’Intermarché, entièrement réalisée sans IA, a connu un grand succès sur les réseaux sociaux. En revanche, des campagnes utilisant l’IA, comme celles de Coca-Cola et McDonald’s, ont été critiquées pour leurs incohérences visuelles.
L’IA permet de générer rapidement un grand nombre de variantes à moindre coût, facilitant ainsi l’industrialisation de la communication. Cependant, cette évolution soulève des inquiétudes quant à la pérennité des emplois dans le secteur créatif. Selon le cabinet Forrester, 15% des emplois dans les agences de publicité pourraient disparaître d’ici 2026 en raison de l’automatisation.
Face à cette réalité, Juliette reste ferme dans sa décision de ne pas utiliser d’IA pour ses projets, affirmant qu’elle se sentirait coupable de « tricher ».
Source : BFM Business





