
Espace : Après les drapeaux sur la Lune et une Tesla dans l’espace, une exploration postcoloniale est-elle possible ?
La galaxie d’Andromède, la planète Mars, les missions Apollo hier et Artémis aujourd’hui : les noms de dieux romains ou grecs sont omniprésents dans les missions spatiales. Cette situation soulève des questions sur les conceptions colonialistes de la conquête spatiale et sur la possibilité de les dépasser.
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Le 6 février 2018, Elon Musk a envoyé vers Mars une Tesla, avec à bord un mannequin en combinaison spatiale. Ce geste symbolique a été perçu comme le début d’une colonisation de la planète rouge par le milliardaire américain. Huit ans plus tard, bien que les projets de colonie restent à l’état d’images de synthèse, l’intérêt pour l’exploration spatiale ne faiblit pas.
Cependant, cette ambition soulève des défis technologiques et humains importants. Les leçons de la colonisation terrestre pourraient-elles être appliquées dans l’espace ?
L’espace, une « terra nullius » à explorer, à envahir ?
L’espace extra-atmosphérique est actuellement inhabité, ce qui pourrait le qualifier de terra nullius, une expression désignant des terres « sans habitants ». Historiquement, cette doctrine a justifié la prise de possession de territoires par les puissances coloniales. En réponse, des législateurs ont tenté de déclarer les corps célestes comme patrimoine commun de l’humanité.
Le traité de l’Espace, adopté par l’ONU en 1966, stipule que l’espace appartient à tous et que son exploitation est possible, comme le montre l’activité lucrative des satellites de communication. Toutefois, un accord sur la Lune interdisant toute exploitation a été rejeté par les grandes puissances spatiales, n’étant ratifié que par 18 États aux ambitions limitées.
Pouvons-nous décoloniser le passé spatial ?
La colonisation de l’espace n’a pas encore commencé, mais il est essentiel d’en empêcher la colonisation future. Les premières missions spatiales, telles que celles des Apollo, ont souvent été qualifiées de « conquête de l’espace », renforçant une certaine suprématie politique.
Il est également notable que la désignation des astres s’inspire souvent de mythologies occidentales. Pour amorcer une décolonisation, il serait pertinent d’utiliser d’autres mythologies pour nommer les corps célestes. L’exemple de Oumuamua, signifiant « éclaireur » en hawaïen, illustre cette possibilité.
Les revendications de certains peuples amérindiens, qui considèrent la Lune comme sacrée, ajoutent une autre dimension à cette discussion. Pour eux, toute forme d’exploration ou d’exploitation de cet astre pourrait être perçue comme une forme de sacrilège.
Vers un futur postcolonial
Le besoin de décolonisation dans les affaires spatiales est de plus en plus reconnu, mais cela ne suffit pas. Un processus de décolonisation doit mener à une gouvernance des activités humaines dans l’espace qui évite les caractéristiques néfastes de la colonisation, telles que l’exploitation et la destruction de cultures.
Les initiatives actuelles de certains acteurs du NewSpace, telles que les projets de colonies martiennes d’Elon Musk, soulèvent des préoccupations quant à leurs implications pour l’humanité. La question de l’espèce humaine interplanétaire reste également problématique : qui serait choisi pour participer à ces expansions, et quelle partie de l’humanité serait laissée sur Terre ?
La réflexion sur l’avenir de l’exploration spatiale doit donc se faire dans une perspective critique, en tenant compte des leçons du passé.
Source : La Provence





