
Audiovisuel public : « Les contenus environnementaux sont déjà le parent pauvre de l’information »
C’est un affaiblissement historique de l’audiovisuel public, dénonce Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions. Le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur « la neutralité » et le financement de l’audiovisuel public, porté par le député Charles Alloncle (UDR), a été rendu public le 5 mai après six mois d’auditions et de travaux controversés.
Adopté de justesse une semaine plus tôt (12 voix contre 10, 8 abstentions), ce document de 400 pages contient près de 70 recommandations visant à réaliser environ 1 milliard d’euros d’économies par an. Parmi celles-ci figurent la fusion de France 2 et France 5, ainsi que de Franceinfo et France 24, la suppression de France 4, de France.tv Slash et de la radio Mouv’, et une réduction d’un tiers du budget des sports de France Télévisions. D’autres mesures controversées incluent un renforcement du devoir de réserve des journalistes et une nomination des dirigeants de l’audiovisuel public par le président de la République.
Une plainte contre X a également été déposée le 2 mai devant le Parquet national financier, pour des soupçons d’influence du groupe Lagardère sur les travaux de la commission. Ce rapport est jugé « préoccupant » par Eva Morel, cofondatrice et secrétaire générale de l’association QuotaClimat, qui souligne que le service public est plus performant que les médias privés en matière d’information climatique et environnementale.
Selon Eva Morel, l’audiovisuel public montre un effort éditorial constant. En termes de couverture, il est deux fois plus impliqué que le privé sur les questions environnementales. Les taux de diffusion des thématiques telles que le climat, la biodiversité et les ressources naturelles varient entre 3,9 et 4,9 % du temps d’antenne ces dernières années. Notamment, RFI consacre près de 10 % de son antenne à ces sujets. Cependant, en mars 2026, une baisse significative de la couverture médiatique des questions environnementales a été observée, divisée par deux pendant la campagne des municipales, ce qui pose un problème d’accès à l’information au moment de choix démocratiques importants.
Concernant la désinformation climatique, il y a beaucoup moins de cas dans l’audiovisuel public que dans le secteur privé. La prévalence de la désinformation est particulièrement élevée dans certains médias français, tandis qu’elle reste très faible dans l’audiovisuel public. En effet, 92 % des cas de désinformation climatique dans l’audiovisuel public proviennent d’invités, alors que dans le privé, 50 % des propos sont tenus par des membres de la rédaction.
La commission d’enquête a toutefois dénoncé une partialité dans l’information scientifique délivrée par le service public, ce qui a été jugé biaisé par Eva Morel lors de son audition. Elle a souligné que les intervenants étaient souvent des personnes exprimant des opinions non consensuelles dans la communauté scientifique. Cela a conduit à une remise en question de la rigueur scientifique et à une attaque contre les ONG environnementales et les journalistes spécialisés.
La publication de ce rapport s’inscrit dans un contexte de concentration des médias entre les mains de milliardaires et de plans de licenciements massifs, ce qui suscite des inquiétudes quant à l’avenir de l’information environnementale. Eva Morel met en garde contre le risque que les questions environnementales deviennent un bouc émissaire, incitant les médias de service public à réduire des contenus jugés « militants », alors que ceux-ci sont déjà insuffisants.
Pour améliorer le traitement éditorial des sujets climatiques et environnementaux, QuotaClimat préconise de préciser les compétences de l’Arcom, de rattacher l’Observatoire des médias sur l’écologie à une institution reconnue, et de renforcer la formation des journalistes sur ces questions.
Source : Reporterre




