L’Éthiopie accuse l’Érythrée de soutenir le TPLF, ravivant les tensions régionales
La position de l’Érythrée au bord de la mer Rouge lui confère un poids régional qui dépasse sa taille. Alors que les relations avec l’Éthiopie se tendent de nouveau, le port d’Assab et la proximité des routes maritimes alimentent les rivalités entre les deux pays. Addis-Abeba accuse aussi Asmara de soutenir le TPLF, une accusation contestée publiquement par un responsable érythréen, selon une dépêche publiée le 28 septembre.
Un pays fermé, mais courtisé
Depuis son indépendance, en 1993, l’Érythrée n’a organisé aucune élection. Le pays est gouverné par un parti unique et le président Isaias Afeworki. La répression et la pauvreté ont poussé environ 700 000 personnes à partir, soit près d’un cinquième de la population.
Le gouvernement continue également de prélever une taxe de 2 % sur les revenus de la diaspora. Selon des témoignages, son paiement est souvent nécessaire pour accéder à des services consulaires. L’ONU et l’Union européenne dénoncent depuis des années les méthodes de recouvrement de cet impôt, tandis que plusieurs pays occidentaux ont pris des mes à son encontre.
Cette situation n’empêche pas l’Érythrée de susciter l’intérêt d’acteurs extérieurs. Début septembre, les États-Unis ont levé des sanctions visant les forces de défense et plusieurs entités érythréennes. Pour Abdurahman Sayed, directeur du Centre pour l’intégration régionale de la Corne de l’Afrique à Londres, les puissances régionales, dont l’Arabie saoudite et l’Égypte, ont intérêt à maintenir des relations stables avec Asmara.
La mer, au cœur du différend avec Addis-Abeba
Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée se sont rapprochées après l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed. Ce rapprochement a contribué à l’attribution du prix Nobel de la paix au Premier ministre éthiopien en 2019. Pendant la guerre du Tigré, l’Érythrée a été alliée à l’armée fédérale éthiopienne. Elle s’est ensuite estimée écartée des accords de Pretoria conclus en 2022.
Le désaccord porte notamment sur l’accès à la mer. Enclavée depuis l’indépendance de l’Érythrée, l’Éthiopie considère le port d’Assab comme essentiel à son désenclavement. Ce contentieux donne une dimension stratégique aux relations entre les deux voisins.
Le chef d’état-major éthiopien accuse Asmara d’apporter un soutien militaire au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et à ses alliés, opposés au gouvernement fédéral. Une dépêche de l’Associated Press publiée le 28 septembre rapporte toutefois que le ministre érythréen de l’Information, Yemane Meskel, a contesté ces accusations sur le réseau social X. ()
Le risque d’une crise régionale
Pour Magnus Taylor, de l’International Crisis Group, l’enjeu est celui d’une possible extension du conflit. Il met en garde contre une régionalisation de la guerre, qui pourrait impliquer l’Érythrée et se superposer au conflit qui ravage le Soudan voisin. Il s’agit d’un risque évoqué par l’analyste, et non d’une évolution présentée comme certaine.
La place de l’Érythrée dans les équilibres régionaux tient ainsi à la fois à sa position stratégique, à ses liens avec ses voisins et aux tensions persistantes avec l’Éthiopie. Les accusations autour du TPLF ravivent ces rivalités, tandis que la question de l’accès éthiopien à la mer reste sans règlement.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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