
Les femmes ne sont pas des travailleurs comme les autres
Le standard du travailleur masculin continue de dicter les règles de la prévention des risques professionnels, éclipser les risques spécifiques qui menacent la santé et la sécurité des femmes au travail. De nombreuses recherches soulignent les limites de ce modèle. L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail a réalisé, depuis 2012, une photographie statistique de la sinistralité au travail en France selon le sexe, mettant en évidence des écarts significatifs souvent invisibilisés.
Malgré ces mises en lumière, la situation reste préoccupante. Selon le dernier bilan de l’Assurance-maladie, bien que les accidents du travail aient globalement diminué de 25 % en vingt ans, cette baisse est asymétrique : les accidents ont baissé de 40 % chez les hommes, tandis qu’ils ont augmenté de 26 % chez les femmes. Les travailleuses sont également plus touchées par des maladies professionnelles, notamment les troubles musculosquelettiques (TMS), les lésions cutanées, et les épisodes dépressifs liés au travail.
Ces écarts ne sont pas fortuits. La répartition sexuée des emplois est marquée, et dans les secteurs où les femmes sont majoritaires, tels que la santé, le soin, le travail social, le commerce, l’entretien et les services aux personnes, les risques sont moins visibles. Les effets de ces risques sont souvent différés : les TMS se manifestent après des années de gestes répétitifs, et les atteintes psychiques résultent d’expositions prolongées aux risques psychosociaux.
De plus, ces emplois, souvent exercés à domicile ou dans des espaces fragmentés, échappent aux dispositifs de formation et de prévention. Le taux de gravité des accidents du travail dans les activités de services est comparable à celui du bâtiment et des travaux publics. Les agentes d’entretien, par exemple, manipulent des produits chimiques pouvant entraîner des atteintes oculaires, respiratoires ou cutanées.
Ces éléments soulignent la nécessité d’une prise de conscience et d’une action renforcée pour adapter les normes de prévention aux réalités spécifiques des travailleuses.
Source : Le Monde




