
L’enseignement supérieur, levier politique et social à Nevers
À Nevers, dans la Nièvre, l’enseignement supérieur est devenu un outil politique et un levier stratégique de développement local. En moins de huit ans, le nombre d’étudiants a augmenté de 2 000 à 3 000. Christophe Lasserre, directeur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à Nevers Agglomération, souligne : « Une ville médiane sans étudiants, c’est une ville qui meurt à petit feu. »
Sous l’impulsion du maire Denis Thuriot, la collectivité a misé sur l’ouverture de nouvelles formations adaptées aux besoins du territoire, notamment en médecine, informatique, commerce et santé. Chaque cursus est élaboré en collaboration avec les entreprises locales, cherchant un équilibre entre attractivité et utilité. Lasserre précise : « On ne cherche pas à retenir les jeunes à tout prix, mais à leur montrer qu’ici, des opportunités se construisent. »
Cette stratégie s’inscrit dans une vision politique assumée. Pour Lasserre, l’enseignement supérieur « n’est pas une compétence obligatoire des collectivités », mais il constitue un pilier économique et social. Un étudiant dépense en moyenne 600 euros par mois pour se loger, se nourrir ou se divertir, ce qui représente environ 18 millions d’euros dépensés chaque année sur le territoire. Cela stimule les commerces, les services et la vie culturelle.
Derrière ces retombées économiques se cache une philosophie : celle d’un territoire qui lutte contre le déclassement. Lasserre souligne que le campus représente une « arme contre le déterminisme social », expliquant que de nombreux jeunes n’osaient pas poursuivre leurs études faute de moyens ou de confiance.
Le Campus Connecté de Nevers Agglomération, le plus fréquenté de France parmi les 89 établissements du réseau, a été créé pour ces publics. Actuellement, 67 étudiants suivent des formations à distance, avec un taux de réussite record de 80 %.
Dans un département marqué par la désindustrialisation, ce dispositif agit comme un antidote à l’exode. Le campus attire des étudiants en situation de handicap et d’anciens élèves phobiques scolaires. Un étudiant, passé d’une scolarité limitée à un master 2 de langues modernes, est désormais président du bureau des élèves.
Au-delà de la formation, un écosystème s’est développé. L’événement Stage Académie, en collaboration avec la Caisse locale du Crédit Agricole, met en relation entreprises et étudiants, avec un taux de 60 % de participants trouvant un stage ou un emploi saisonnier.
La santé est un domaine où les besoins sont pressants. La première année de médecine à Nevers affiche un taux de réussite de 75 %, « bien au-dessus de la moyenne nationale ». Un centre universitaire d’orthophonie est également en projet, répondant à un besoin local.
Cette politique éducative fait de Nevers un exemple de décentralisation par l’action. L’enseignement supérieur devient un instrument de gouvernance territoriale, avec l’ambition de combler les lacunes de formation. La collectivité encourage aussi la vie étudiante, soutenant les événements et les associations.
Une association, « De la Nièvre aux Grandes Écoles », a été fondée par des étudiants de la région pour accompagner les jeunes vers des parcours d’études supérieures, offrant mentorat et aide financière. En six ans, plus de 130 jeunes ont été soutenus.
Cette initiative symbolise le choix d’un retour, non subi, mais désiré, permettant de faire rayonner la Nièvre comme un territoire de talents.
Source : Nevers Agglomération





