La Reconquista : quand Jonás Trueba dénonce l’extrême droite que la France préfère ignorer
Le fait principal
Le film La Reconquista, une comédie sentimentale de Jonás Trueba réalisée en 2016, a enfin trouvé sa place dans les salles françaises, près de dix ans après sa sortie en Espagne. Il est diffusé sur Ciné+ Festival, offrant ainsi une occasion de rattrapage inattendue pour un public qui ne l’attendait plus.
Ce qui s’est passé
Ce film, qui met en scène une rencontre entre Manuela et Olmo, deux anciens amants, a été occulté par le marché français pendant des années. Sa diffusion a été relancée grâce à une rétrospective du cinéaste au Centre Pompidou, attirant plus de cinquante mille spectateurs. La distributrice Bénédicte Thomas, qui a découvert le film lors d’un festival, a dû batailler pour le faire connaître, redoutant que les droits ne soient acquis par un autre distributeur. Ironiquement, alors que Trueba est devenu un auteur reconnu, La Reconquista était resté « hors marché, hors festival, hors radar ».
Le contexte
La France a découvert Jonás Trueba avec son film Eva en août en 2020, mais La Reconquista avait déjà été réalisé quatre ans plus tôt, sans jamais parvenir à franchir les frontières. Ce retard dans la diffusion souligne un manque de curiosité du marché français pour le cinéma espagnol, souvent éclipsé par des productions plus conventionnelles ou à gros budget. Le fait que le film ait été présenté au public dans un cadre de festival, plutôt que dans une distribution classique, illustre également les difficultés rencontrées par les œuvres plus intimistes à trouver leur place dans le paysage cinématographique.
Les chiffres à retenir
Plus de cinquante mille spectateurs ont visionné La Reconquista depuis sa diffusion, illustrant un intérêt soudain pour un film longtemps ignoré. La rétrospective au Centre Pompidou a été un catalyseur clé dans cette redécouverte.
Ce que cela révèle
Ce cas met en lumière les contradictions du marché du cinéma en France, où des films de qualité peuvent passer inaperçus pendant des années. Pendant ce temps, des œuvres moins audacieuses continuent d’inonder les salles, soutenues par des campagnes marketing robustes. Cela reflète une tendance inquiétante : le cinéma d’auteur, souvent porteur de messages sociaux et politiques, est délaissé au profit de productions formatées. On pourrait se demander si le public français est vraiment prêt à redécouvrir des joyaux cachés, ou s’il préfère rester dans sa zone de confort, alimentée par des récits prévisibles.
Ce qu’il faut retenir
La sortie tardive de La Reconquista en France est un rappel amer de la manière dont le cinéma d’auteur peut être négligé. Espérons que cette redécouverte incitera les distributeurs à être plus audacieux dans leurs choix, et que le public saura apprécier la richesse que le cinéma international a à offrir.
Source : Télérama
