
Jeanne d’Arc : la droite s’empare de l’héritage johannique
Comme chaque 8 mai, les cloches résonnent sous le ciel d’Orléans en hommage à Jeanne d’Arc, figure emblématique de la France. Cette commémoration, qui célèbre la légende de la Pucelle, souligne une lutte idéologique qui s’étend sur plus d’un siècle, marquée par un déplacement de l’héritage johannique vers la droite.
Au XIXe siècle, Jeanne d’Arc était perçue comme une héroïne du petit peuple. L’historien Jules Michelet la considérait comme une « sainte laïque », incarnant la résistance nationale contre les élites. Elle était alors célébrée par les républicains comme une figure de lutte contre l’oppression et la corruption.
Cependant, un tournant majeur s’est produit en 1904 avec l’affaire Thalamas. Amédée Thalamas, professeur d’histoire, a tenté de présenter Jeanne d’Arc de manière critique, ce qui a suscité une violente réaction des nationalistes et des catholiques. Accusé d’insulter la mémoire de Jeanne, il a été blâmé et déplacé. Ce moment a marqué le début d’un divorce entre la gauche républicaine et l’héritage johannique, Jeanne étant canonisée par l’Église en 1920, renforçant son image auprès de la droite.
Dès lors, des figures comme Charles Maurras et Jean-Marie Le Pen ont récupéré Jeanne d’Arc pour en faire un symbole du nationalisme radical. Sous Vichy, son image a été utilisée pour justifier des actions controversées, transformant la libératrice d’Orléans en emblème d’une France réactionnaire. Aujourd’hui, Jeanne est souvent associée à des discours identitaires, malgré des tentatives de réappropriation par des mouvements féministes et queer.
L’héritage de Jeanne d’Arc est ainsi devenu un champ de bataille idéologique où chaque camp tente de lui attribuer ses propres valeurs. La nécessité d’une approche réflexive et tolérante est plus urgente que jamais, surtout à la lumière des événements récents liés à la laïcité et à la liberté d’expression.
Il est essentiel de considérer Jeanne d’Arc non pas comme une icône à récupérer, mais comme une figure historique dont l’histoire mérite d’être regardée sans sectarisme. En définitive, Jeanne appartient à l’Histoire.
Source : Magcentre.





