La Chine intensifie ses efforts en matière de désinformation, selon des experts.
La Chine pourrait devenir plus agressive dans le domaine de la désinformation
Dans la nuit du 6 mai, l’Inde a lancé l’opération Sindoor, une campagne de bombardements aériens contre le Pakistan. L’armée de l’Air indienne aurait perdu au moins un avion de chasse Rafale, l’appareil le plus sophistiqué de ses forces armées. Cette perte a engendré une vague de dénigrement et d’intoxication en provenance de Chine visant le Rafale, un avion français, favorisant la célébration de la supériorité supposée des chasseurs chinois au sein de l’aviation pakistanaise, qui est en grande partie équipée d’avions de chasse de fabrication chinoise.
La rédaction des Observateurs de France 24 a interviewé Olivier Arifon, professeur à l’Université de Nice et expert en influence et communication, afin d’analyser l’écosystème informationnel chinois à l’origine de cette campagne de désinformation. Cette offensive a été dénoncée publiquement par Eric Trappier, le directeur général de Dassault, lors d’une audition au Sénat le 25 juin.
Depuis le 6 mai, une campagne de dénigrement ciblant le Rafale a vu le jour. Bien que l’implication directe de l’État chinois reste difficile à prouver, cette offensive semble impliquer des acteurs étatiques, des internautes ordinaires, ainsi qu’un humoriste ayant publié une parodie de Bollywood moquant le Rafale, visionnée plus de 80 millions de fois sur les réseaux sociaux. Cette situation pourrait marquer l’émergence d’un nouveau type de désinformation en provenance de la Sinosphère.
Olivier Arifon souligne qu’il n’a pas observé de précédent dans une telle campagne de dénigrement émanant de la République populaire de Chine, qualifiant cette démarche de nouvelle. Les recherches actuelles indiquent que la Chine a instauré un écosystème mixte de désinformation, impliquant divers acteurs, allant de la société civile à des entités étatiques et paraétatiques, ainsi que des médias aux fiabilités variables. Ce phénomène, auparavant observé chez des acteurs russes, se manifeste désormais dans le contexte chinois.
L’écosystème de désinformation chinois inclut également des unités spécialisées de l’Armée Populaire de Libération et des services de renseignement, laissant une certaine latitude aux individus. Une partie de la population chinoise apparaît nationaliste et prête à défendre les intérêts du Parti.
La stratégie de désinformation de la Chine a évolué, passant d’une approche consistant à « faire du bruit » à l’exploitation de « faits vrais » sur l’actualité pour diffuser des fausses nouvelles. Cette méthode permet de créer une boucle d’information qui résonne dans le monde virtuel et réel, rendant la désinformation plus efficace.
Le cas des Rafale prétendument abattus illustre cette boucle de désinformation : les données étant secrètes, ni l’armée française ni Dassault Aviation ne communiqueront publiquement, créant ainsi un terrain fertile pour le doute.
La désinformation contre le Rafale a également été diffusée dans plusieurs langues. Bien que les Chinois puissent s’adresser principalement à leur population, l’utilisation de langues étrangères, notamment l’anglais, est essentielle pour toucher un public mondial. La Chine pourrait également envisager d’utiliser le français ou l’arabe pour cibler la France.
Il est atypique de voir les nationalistes chinois s’en prendre à la France, qui n’est pas particulièrement dans le viseur de la Chine. Cependant, la proximité du Pakistan avec la Chine et la rivalité avec l’Inde peuvent justifier cette attaque, même si le fait en question reste à prouver.
Ce nouvel écosystème de désinformation pourrait signaler un tournant dans les méthodes chinoises, suggérant que la Chine pourrait devenir plus agressive dans ce domaine, à l’instar des pratiques déjà identifiées chez la Russie.
Source : Observateurs de France 24.
