Maroc : des législatives pour un Parlement qui reste dans l’ombre du roi
Législatives au Maroc : 395 députés à élire, un pouvoir royal hors scrutin
Le fait principal
Les électeurs marocains sont appelés aux urnes le 23 septembre 2026 pour renouveler les 395 députés de la Chambre des représentants. La campagne, ouverte le 10 septembre, s’achèvera le 22 septembre à minuit. Mais choisir une majorité ne signifie pas choisir l’ensemble de ceux qui gouvernent : la monarchie conserve une place déterminante dans l’exercice du pouvoir. (maroc.ma)
Le scrutin est-il donc une simple opération de présentation démocratique ? Ce serait trop réducteur. Les sièges comptent, les lois aussi. Mais la compétition électorale se déroule dans un système où le principal centre de pouvoir ne risque pas la défaite dans les urnes. C’est toute la limite de l’exercice. (freedomhouse.org)
Ce qui s’est passé
Le calendrier électoral a été fixé par un décret adopté en Conseil de gouvernement le 5 mars 2026. À l’approche du vote, Aziz Akhannouch, chef du gouvernement et membre du bureau politique du Rassemblement national des indépendants (RNI), défend son bilan en campagne. Il participait notamment à un meeting à Oulad Taïma le 17 septembre. (fr.le360.ma)
L’enjeu partisan est réel. Lors des précédentes législatives, le 8 septembre 2021, le RNI avait remporté 102 sièges, devant le Parti authenticité et modernité, avec 87 sièges, et l’Istiqlal, avec 81. Le Parti de la justice et du développement (PJD) n’en avait obtenu que 13. Les rapports de force parlementaires peuvent donc changer considérablement. (data.ipu.org)
Ce résultat n’est pas sans conséquence institutionnelle : l’article 47 de la Constitution impose au roi de nommer le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête. Le bulletin de vote n’est donc pas un accessoire. Il ne donne toutefois pas les clés de tout l’édifice. (constituteproject.org)
Le contexte
Mohammed VI avait annoncé la couleur dès 2001. Dans un entretien au Figaro, il déclarait : Les Marocains veulent une Monarchie forte, démocratique et exécutive.
Cette affirmation exprime la conception du souverain, pas une me indépendante de l’opinion des Marocains. L’adjectif « exécutive », lui, ne relevait pas de la décoration. (maroc.ma)
La Constitution de 2011 donne au Parlement des compétences véritables : voter les lois, contrôler le gouvernement et évaluer les politiques publiques. Il vote également la loi de finances. La Chambre des représentants peut renverser le gouvernement par une motion de cen adoptée à la majorité absolue de ses membres. (constituteproject.org)
Mais le roi préside le Conseil des ministres, qui délibère notamment des orientations stratégiques de l’État et des orientations générales du projet de loi de finances. Il est aussi chef suprême des forces armées et peut dissoudre les chambres dans les conditions constitutionnelles. Le sommet de l’État n’est donc pas une fonction honorifique. (constituteproject.org)
Les chiffres à retenir
- 395 députés doivent être élus le 23 septembre 2026. (maroc.ma)
- 102 sièges pour le RNI, 87 pour le PAM, 81 pour l’Istiqlal et 13 pour le PJD : ce sont les résultats de 2021, et non une projection du prochain scrutin. (data.ipu.org)
- 37 sur 100 : le score attribué au Maroc par Freedom House dans son édition 2026, qui classe le pays parmi les États « partiellement libres ». Il s’agit de l’évaluation de cette organisation, pas d’une statistique officielle marocaine ; le Sahara occidental fait l’objet d’un rapport distinct. (freedomhouse.org)
Ce que cela révèle
Le portail officiel marocain présente ces élections comme une étape de consolidation de la trajectoire démocratique du pays. C’est le récit institutionnel. L’analyse de Freedom House souligne, elle, que les élections multipartites coexistent avec la prééminence du roi et de son entourage sur les institutions élues. Les deux descriptions ne racontent décidément pas la même répartition du pouvoir. (maroc.ma)
Un détail constitutionnel résume cette asymétrie : selon l’article 52, les messages royaux lus devant le Parlement ne peuvent faire l’objet d’aucun débat. Dans une assemblée censée discuter des affaires publiques, certaines paroles arrivent donc avec une consigne intégrée : écouter, ne pas discuter. (constituteproject.org)
Notre analyse : qualifier le Parlement de simple décor effacerait ses compétences et l’utilité possible du travail d’opposition. Le présenter comme le siège souverain de la décision politique masquerait, à l’inverse, la prééminence monarchique. Le problème démocratique tient précisément à cet entre-deux : des responsables élus doivent rendre des comptes, sans maîtriser seuls les grandes orientations du pays. (freedomhouse.org)
Ce qu’il faut retenir
Le 23 septembre, les Marocains pourront modifier les équilibres parlementaires. Ils ne soumettront pas le pouvoir royal à l’alternance. Une élection qui compte, donc. Mais pas une élection qui décide de tout. (maroc.ma)
