
À Kaboul, les bombes et les décrets s’abattent sur les femmes
Invitée mardi au point de presse quotidien de l’ONU, Susan Ferguson, représentante d’ONU Femmes en Afghanistan, a dressé un constat alarmant depuis Kaboul : « Pour les femmes et les filles en Afghanistan, 2026 s’annonçait déjà comme une année extrêmement difficile. Désormais, avec le conflit au Moyen-Orient et les hostilités en cours avec le Pakistan, beaucoup font face à encore plus de traumatismes et de difficultés ».
Le 17 septembre, une frappe aérienne attribuée aux forces pakistanaises a touché un centre de soins pour personnes dépendantes dans la capitale afghane, entraînant de nombreux morts et blessés. La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a confirmé que l’attaque avait visé l’hôpital Omid, faisant des dizaines de victimes. L’ONU rappelle que les attaques contre les hôpitaux et les installations civiles sont strictement interdites par le droit international.
Depuis fin février, l’Afghanistan est pris dans une spirale de violence. À l’ouest, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, et à l’est, une escalade militaire avec le Pakistan, qui accuse les talibans d’abriter des combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP). Selon la MANUA, au moins 76 civils ont été tués et 213 blessés en raison de ces violences.
Dans l’est du pays, plus de 64 000 personnes ont été affectées par cette escalade militaire, dont un peu plus de la moitié sont des femmes et des filles. Certaines ont déjà dû quitter leur domicile plusieurs fois au cours de l’année écoulée, notamment après le séisme d’août 2025.
À l’ouest, une nouvelle vague de retours depuis l’Iran est anticipée, avec des femmes seules ou accompagnées d’enfants fuyant vers une frontière déjà sous tension. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé une réponse d’urgence pour plus de 20 000 familles déplacées, prévoyant de distribuer des rations immédiates.
La violence militaire s’accompagne d’une pression économique croissante. En 2026, 10,7 millions de femmes en Afghanistan avaient besoin d’une assistance humanitaire. La hausse des prix liée aux conflits régionaux menace désormais l’accès à la nourriture.
Sur le plan juridique, un récent « décret numéro 12 » a été dénoncé par Mme Ferguson, car il supprime l’égalité entre les hommes et les femmes devant la loi et permet des formes de violence domestique. Ce texte rend l’accès à la justice quasi impossible pour les femmes.
Malgré les restrictions, les agences de l’ONU continuent leurs activités, souvent à distance. En 2025, plus de 350 000 femmes ont pu accéder à des services essentiels grâce à ONU Femmes. Cependant, l’avenir reste incertain, alors que le Conseil de sécurité a renouvelé le mandat de la MANUA seulement pour trois mois, reflétant des divisions sur la stratégie à adopter face aux talibans.
Le changement est encore possible, mais uniquement si la communauté internationale reste engagée aux côtés des femmes afghanes.
Source : ONU Femmes





