Inégalités outre-mer : une commission sénatoriale dresse un constat "accablant"

Les inégalités entre l’Hexagone et les territoires ultramarins restent profondément ancrées. À travers une commission d’enquête sénatoriale, la sénatrice réunionnaise Évelyne Corbière Naminzo met en lumière des écarts persistants et systémiques. Des travaux qui doivent aboutir à des propositions concrètes d’ici juin 2026.

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La commission d’enquête du Sénat sur les inégalités dans les Outre-mer poursuit ses travaux engagés en février 2026. Rapporteure de cette mission, la sénatrice Évelyne Corbière Naminzo souligne, dans un communiqué ce mardi 28 avril, avoir « oeuvré à l’intégralité des travaux débutés le 12 février ».

Une quarantaine d’auditions ont déjà été menées, permettant d’entendre « de nombreuses personnes : anciens Directeurs Généraux des Outre-mer, chercheurs en science politique, en droit et en économie, statisticiens, présidents des CESER, Défenseure des Droits, présidents d’Universités et recteurs ».

Six grandes thématiques structurent ces travaux, du développement économique à la santé, en passant par l’éducation et la gouvernance publique.

Les constats dressés sont sans appel. « Les constats d’inégalités persistantes entre l’Hexagone et les territoires ultra-marins demeurent accablants », affirme la sénatrice.

Le chômage reste « structurellement plus élevé », avec un niveau « deux fois plus élevé en moyenne dans les Outre-mer que dans l’Hexagone ». La pauvreté atteint des niveaux particulièrement élevés chez les enfants, tandis que les difficultés d’accès aux services publics et la surmortalité infantile persistent.

Parmi les injustices pointées, la commission met en évidence des inégalités d’accès au numérique. « Notre Commission d’Enquête a permis de pointer une différence de traitement très préjudiciable aux consommateurs ultramarins : la non-application du tarif social internet », souligne Évelyne Corbière Naminzo.

Elle alerte également sur les conséquences de cette situation : « À l’heure de la dématérialisation, cette injustice éloigne d’autant plus nos concitoyens de l’accès à des droits essentiels ».

Au-delà des constats, la commission porte « une double ambition : mettre au jour les mécanismes profonds des inégalités systémiques dans les Outre-mer, et formuler des propositions concrètes pour y répondre durablement ».

« Une pénalité outre-mer » pour la jeunesse

La jeunesse figure parmi les priorités des travaux. Les analyses présentées à la commission mettent en évidence une inégalité structurelle des chances. Les statisticiens évoquent ainsi une « pénalité outre-mer » : « à origine sociale égale, un jeune originaire des Outre-mer a moins de chance d’obtenir un diplôme du supérieur et d’occuper un poste de cadre ».

À La Réunion, la sénatrice souligne que « le chômage des jeunes est en forte progression ». Dans d’autres territoires, les conditions d’accès à l’éducation restent fragiles. La sénatrice évoque notamment des élèves « dans une incertitude permanente sur la continuité de la scolarité » aux Antilles, ou encore des situations où « certains élèves doivent rejoindre leurs collèges en stop ».

À Mayotte, elle rappelle que « le droit à la scolarité est entravé par le système de rotation scolaire qui impose aux enfants d’avoir cours sur des demi-journées ».

Accès aux droits et à la santé : des « pertes de chance »

L’accès aux droits constitue un autre point de vigilance. « L’accès aux services publics est fortement entravé », relaie la sénatrice en s’appuyant sur les constats de la Défenseure des droits.

Dans les Antilles, « 6 personnes sur 10 connaissent des difficultés avec les démarches administratives », illustrant une dégradation de la relation entre usagers et administration.

Sur le plan sanitaire, les inégalités sont tout aussi marquées. Les experts rencontrés par la commission ont décrit des situations où les patients subissent « une perte de chance », liée notamment aux difficultés de transport et à l’accès aux soins. « Pouvoir se déplacer devient la condition obligatoire pour se soigner, se former, et travailler », insiste Évelyne Corbière Naminzo.

« Un système » à repenser

Au cœur des analyses, la commission met en cause les fondements mêmes du modèle économique. « Les économistes expliquent que les inégalités sont produites par le fondement même des structures économiques », rapporte la sénatrice.

Elle insiste sur leur caractère durable : « Ces inégalités sont durables, ce ne sont pas des écarts sociaux classiques. L’extrême vie chère n’est pas conjoncturelle, elle est permanente ». Et d’ajouter : « C’est un système qui résulte d’un modèle économique encore trop lié à l’économie de comptoir, où quelques acteurs contrôlent l’importation et la distribution, les terres et les richesses ».

Face à cette situation, la sénatrice met en garde : « Si la loi n’est pas appliquée et que nos droits ne sont pas effectifs, la défiance se crée, et c’est toute notre cohésion sociale qui s’en trouve abîmée ».

Les travaux de la commission doivent se poursuivre jusqu’en juin 2026 avec la publication du rapport de la commission d’enquête.

Source : Zinfos974

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