
Inde : à Nicobar, un atoll coupé du monde menacé par un projet pharaonique de carrefour maritime
Un havre de paix, où s’épanouissent une faune abondante et une flore luxuriante, ainsi que 8 000 habitants. L’île de Grande Nicobar, nichée dans la mer d’Andaman, au nord-est de l’océan Indien, est longtemps restée isolée du reste du monde. Interdit d’accès aux non-Indiens, l’atoll risque pourtant de voir sa tranquillité perturbée. Dans un article publié le 12 avril, le quotidien du gouvernement indien The Daily Telegrams détaille l’avancée d’un projet ambitieux visant à transformer Grande Nicobar en « pôle touristique et économique dynamique d’ici 2047 ».
Parmi les infrastructures prévues, un aéroport international et un port de transbordement devraient voir le jour. Un développement qui s’explique par la position stratégique de l’île, située à proximité du détroit de Malacca, la principale route d’approvisionnement en pétrole du Japon et de la Chine. À travers ce projet d’envergure, l’Inde aspire à devenir un acteur majeur de la logistique maritime internationale et espère « dynamiser le commerce et le tourisme ».
Grande Nicobar, avec sa superficie de plus de 1 000 km², est la plus vaste de l’archipel des îles Andaman-et-Nicobar et abrite deux principaux groupes autochtones. Les Nicobaris, majoritaires et habitant principalement sur les côtes, tirent leurs ressources de l’agriculture et de la pêche. Isolés au cœur de la forêt, les Shompen, population estimée à 300 individus, mènent une existence de chasseurs-cueilleurs. L’ONG Survival International les qualifie de « peuples non contactés », tant ils limitent les interactions avec le monde extérieur.
Pour préserver le mode de vie des populations autochtones, New Delhi adopte en 1956 une législation spécifique de protection des îles Andaman-et-Nicobar, interdisant l’accès aux îles sans autorisation gouvernementale et instaurant une zone tampon autour des côtes. Cependant, ces restrictions sont régulièrement contournées, comme en témoigne l’incident de 2018 où un Américain a été mortellement attaqué en tentant d’accéder à l’île de North Sentinel.
La transformation de Grande Nicobar en « Hong Kong de l’Inde » soulève des inquiétudes concernant les populations locales, déjà fragilisées. Le gouvernement assure que « le projet ne représente aucune menace pour les groupes tribaux de l’île », mais la construction envisagée d’une ville pouvant accueillir jusqu’à 300 000 habitants suscite de vives inquiétudes.
Les risques environnementaux sont également considérables. Ce projet colossal, estimé à 9,3 milliards d’euros, pourrait entraîner la destruction de plus d’un million d’arbres d’une forêt primaire. Les travaux menacent la biodiversité de l’île, qui abrite des espèces rares et endémiques ainsi que des récifs coralliens précieux. La baie de Galathea, où doit être construit le port, constitue notamment un site de nidification pour la tortue luth, une espèce menacée.
Source : The Daily Telegrams




