Faillite de Gibert : échec de la lutte contre le numérique et le gratuit

Faillite de Gibert : échec de la lutte contre le numérique et le gratuit

Le groupe Gibert, reconnu comme le premier libraire indépendant de France, a récemment annoncé son placement en redressement judiciaire en raison d’une baisse significative de ses résultats. Cette décision a été motivée par le déclin du marché des livres neufs, un secteur dans lequel l’entreprise a prévu de compenser ses pertes en se tournant vers le marché du livre d’occasion.

Depuis les confinements, Gibert a déjà réduit son réseau de librairies, fermant quatre établissements emblématiques situés place Saint-Michel à Paris, où l’entreprise était implantée depuis 135 ans. Actuellement, Gibert concentre ses efforts sur sa grande librairie près de l’université de la Sorbonne.

Pour assurer sa pérennité, le groupe mise sur un virage stratégique autour du livre d’occasion, un segment en croissance de 10 % par an, qui représente 35 % de son chiffre d’affaires annuel de 86 millions d’euros. Gibert prévoit de doubler la part de ses ventes de livres d’occasion d’ici 2029, passant de 30 millions d’euros en 2025 à 60 millions.

Les difficultés rencontrées par Gibert reflètent une tendance plus large dans le secteur du livre. Selon les données de NielsenIQ, le marché a enregistré 307 millions d’exemplaires vendus en 2025, marquant une baisse de 2,5 %, avec un chiffre d’affaires de 3,9 milliards d’euros, soit une diminution de 1,5 %. Bien que le marché du livre d’occasion ait connu une certaine hausse, les librairies, en général, ont vu leurs revenus augmenter de seulement 0,6 %.

Les pressions exercées sur les librairies résultent également des coûts élevés liés au personnel et aux loyers, en comparaison avec les plateformes de vente en ligne telles qu’Amazon et la Fnac. Les difficultés de Gibert s’inscrivent dans un contexte mondial, illustré par la chute de 99 % en bourse du géant américain Barnes & Noble en cinq ans.

Malgré les protections mises en place par le gouvernement français, telles que les lois contre la gratuité des livraisons de livres et la loi sur le « prix unique », le déclin des ventes de livres et la fermeture de librairies comme Gibert soulignent l’échec de ces mesures. Les consommateurs et les auteurs trouvent des moyens de contourner ces protections, favorisant ainsi l’essor des téléchargements gratuits et de l’auto-édition.

En 2025, les médiathèques et les écoles ont enregistré des records de téléchargements de livres gratuits, atteignant 379 millions via la plateforme OverDrive. Parallèlement, l’auto-édition, facilité par des plateformes comme Amazon, connaît un essor, représentant désormais une part significative des publications. Les éditeurs traditionnels ne représentent qu’environ 2 % des nouvelles parutions aux États-Unis.

En somme, les difficultés de Gibert et d’autres librairies sont exacerbées par l’augmentation des téléchargements gratuits et la concurrence des plateformes en ligne, mettant en lumière les limites des protections gouvernementales et leur incapacité à freiner une tendance déjà bien ancrée.

Source : Le Monde, NielsenIQ

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