
Financer l’agriculture africaine : l’urgence de la réforme face à la faim
Un nouveau rapport conjoint de la FAO, de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), du Programme alimentaire mondial (PAM) et de la Commission de l’Union africaine (CUA) met en lumière l’énorme écart entre le financement public et privé actuel de l’agriculture et le niveau de financement nécessaire pour transformer les systèmes agroalimentaires africains. Face à la montée continue de la faim et de l’insécurité alimentaire sur le continent, le document souligne l’urgence d’un financement substantiel et soutenu.
La faim en hausse
Cet appel des agences de l’ONU et de l’UA intervient alors que la faim a augmenté en Afrique pour la huitième année consécutive. Le rapport estime à 306 millions le nombre de personnes sous-alimentées, représentant plus de 45 % du total mondial. De plus, 892 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire modérée ou grave, une situation exacerbée par les conflits, les chocs climatiques, les ralentissements économiques et l’aggravation des inégalités sociales. Ce chiffre est plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale de 28 %.
En ce qui concerne l’insécurité alimentaire grave, plus de 337 millions de personnes, soit 22,2 % de la population africaine, étaient touchées en 2024. Toutes les sous-régions d’Afrique ont enregistré une détérioration de la sécurité alimentaire, avec une prévalence de la sous-alimentation atteignant 20,2 %, alors que la moyenne mondiale était de 8,2 %. En outre, plus d’un milliard de personnes en Afrique n’avaient pas les moyens de s’offrir une alimentation saine en 2024, une augmentation de plus de 29 millions par rapport à 2023.
Explorer de nouvelles sources de financement
Face à ce tableau alarmant, le rapport note une tendance à la hausse des dépenses publiques consacrées à l’agriculture, à la sylviculture et à la pêche depuis 2018. Toutefois, cette croissance reste insuffisante pour éliminer la faim dans de nombreux pays africains. Les flux extérieurs, tels que l’aide publique au développement, n’ont enregistré qu’une augmentation modeste, avec moins de 27 % alloués à la sécurité alimentaire et à la nutrition.
La situation est également marquée par un manque d’investissements privés, les crédits bancaires alloués à l’agriculture représentant moins de 4 % du crédit total. Les investissements directs étrangers dans l’alimentation et l’agriculture demeurent concentrés et bien en deçà de leur potentiel, souvent inférieurs à 2 milliards de dollars par an.
Face à ce déficit, le rapport appelle à une « augmentation substantielle » tant en quantité qu’en qualité des financements pour transformer les systèmes agroalimentaires et mettre fin à la faim et à la malnutrition. Il préconise d’optimiser l’impact des investissements existants, d’accroître les financements publics et de mobiliser davantage d’investissements privés.
Source : FAO, CEA, PAM, CUA





