Comment la désinformation prorusse a évolué en quatre ans de guerre en Ukraine ? – franceinfo

Comment la désinformation prorusse a évolué en quatre ans de guerre en Ukraine ?

Quatre années de guerre en Ukraine ont également été marquées par une désinformation massive. Selon Newsguard, une start-up américaine spécialisée dans la lutte contre la désinformation, plus de 400 fausses informations, majoritairement pro-russes, ont été recensées depuis le début du conflit le 24 février 2022. Cette tendance ne faiblit pas, au contraire, elle s’intensifie.

Chine Labbé, rédactrice en cheffe Europe de Newsguard, souligne que « la désinformation ne se relâche pas, elle a tendance à plutôt exploser » et s’adapte aux sujets d’actualité. Quatre ans après le début du conflit, les fausses informations continuent de légitimer l’« opération militaire spéciale » de la Russie en Ukraine tout en discréditant Kiev, mais la nature de ces informations a évolué.

Au début du conflit, les fausses informations visaient principalement à nier les crimes de guerre de la Russie, notamment le massacre de civils à Boutcha, et à accuser l’Ukraine de nazisme. Aujourd’hui, elles exploitent la lassitude face à la guerre et les soupçons de corruption au sein de l’élite ukrainienne, en accusant, par exemple, le président Zelensky de s’être acheté un château avec des fonds d’aide européenne. « Ce n’est pas anodin. [Les désinformateurs] vont jouer sur des choses qui marchent », déclare Labbé. En effet, la première année du conflit, Newsguard n’a identifié que deux infox sur la corruption, contre 13 en 2024 et 37 en 2025.

La désinformation prorusse cible également de plus en plus les alliés de l’Ukraine. En janvier 2026, la campagne d’influence nommée Matriochka, visant à submerger les journalistes de fausses informations, a produit 30 vidéos d’infox ciblant uniquement la France, presque autant que les 43 vidéos de 2025. De plus, la campagne Storm-1516 a ciblé Emmanuel Macron neuf fois en 2025, une augmentation notable par rapport à une seule fois en 2024.

Les pics de désinformation coïncident souvent avec des événements politiques majeurs en Europe, comme les élections législatives françaises de 2024 ou les élections municipales de 2026. Des informations similaires ont été observées lors des élections législatives en Moldavie et en Roumanie, où la désinformation incluait des critiques sur le soutien à l’Ukraine.

Aux États-Unis, la désinformation prorusse attise le sentiment anti-ukrainien sans attaquer directement le gouvernement. Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, cette tendance s’est accentuée, le président ayant cessé d’accorder de nouvelles aides à l’Ukraine.

Initialement, la désinformation prorusse passait par des médias de propagande tels que RT et Sputnik, mais leur suspension par l’Union européenne en mars 2022 a conduit à une clandestinisation de leurs activités. Le réseau Pravda, fondé en 2013, s’est considérablement développé, comptant aujourd’hui 280 faux sites d’information et ayant publié plus de six millions d’articles en 2025.

La désinformation a également bénéficié des avancées de l’intelligence artificielle générative, permettant la création rapide de contenus faux et sophistiqués. Cependant, il est à noter que ces infox reçoivent souvent peu d’écho et leur audience sur les réseaux sociaux est limitée. Selon Viginum, le service français de lutte contre les ingérences numériques, la portée de ces campagnes reste relativement faible en raison de la mauvaise qualité des contenus produits.

Les opérations d’influence cherchent souvent à amplifier les lignes de fracture politique en Europe, exploitant des polémiques préexistantes. Par exemple, des accusations contre Emmanuel Macron ont été d’abord portées par des groupes d’extrême droite avant d’être amplifiées par des propagandistes russes.

En conclusion, la désinformation prorusse a évolué en réponse aux dynamiques du conflit et aux contextes politiques, cherchant à influencer l’opinion publique tant en Ukraine qu’à l’international.

Source : Franceinfo et Newsguard

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