En Éthiopie, les combats au Tigré font craindre un débordement régional
Les affrontements entre l’armée éthiopienne et une coalition de groupes armés menée par le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ravivent les craintes d’une extension du conflit. Addis-Abeba accuse le Soudan, l’Érythrée et l’Égypte de soutenir ses adversaires, mais ces pays rejettent les accusations. Au 2 octobre 2026, aucun élément ne permet toutefois d’établir que les forces soudanaises ou les paramilitaires des Forces de soutien rapide combattent directement en Éthiopie. ()
Un conflit éthiopien sous influences régionales
Trois milices de la coalition affrontent les forces de défense nationale éthiopiennes. Le chef d’état-major de l’armée, le maréchal Birhanu Jula, accuse les autorités militaires soudanaises, l’Érythrée et l’Égypte d’appuyer le TPLF. Le Caire et Khartoum contestent ces accusations. Les responsables militaires soudanais reprochent, de leur côté, à Addis-Abeba de soutenir les Forces de soutien rapide (FSR), engagées contre l’armée régulière dans la guerre civile au Soudan.
Ces accusations croisées s’inscrivent dans des relations déjà tendues. L’Égypte et le Soudan s’inquiètent du Grand Barrage de la Renaissance, construit par l’Éthiopie sur le Nil Bleu. Situés en aval, les deux pays dépendent fortement des eaux du fleuve, notamment pour l’agriculture, et redoutent que le barrage ne devienne un levier politique autant qu’une source d’électricité.
Pour Susanne Stollreiter, qui dirige le bureau éthiopien de la fondation Friedrich-Ebert, la crise reste d’abord intérieure, mais les intérêts et les appuis extérieurs lui donnent une dimension régionale. Elle estime qu’une extension des combats pourrait aggraver les tensions dans une Corne de l’Afrique déjà marquée par plusieurs foyers de conflit.
Des liens entre les camps éthiopiens et soudanais
Les relations entre le TPLF et les autorités soudanaises constituent l’un des points de friction. Après l’accord de paix de Pretoria, des combattants tigréens se sont réfugiés au Soudan. Selon Magnus Taylor, directeur adjoint du programme Corne de l’Afrique de l’International Crisis Group, certains se sont regroupés sous le nom d’« Armée 70 » et ont combattu aux côtés de l’armée soudanaise contre les FSR.
En mai 2026, les autorités soudanaises, installées à Port-Soudan en raison des combats, ont reçu des responsables du TPLF et d’autres opposants éthiopiens. Pour le gouvernement d’Abiy Ahmed, la proximité entre ces groupes et les autorités soudanaises représente un motif de préoccupation.
De l’autre côté, l’Éthiopie est mise en cause dans le conflit soudanais. Une enquête de Reuters publiée en février 2026 a fait état d’un camp d’entraînement pour des combattants des FSR dans la région éthiopienne de Benishangul-Gumuz. Selon cette enquête, les Émirats arabes unis auraient fourni des instructeurs, des financements et un soutien logistique. Abou Dhabi nie ces accusations. La présence de ce camp et les liens allégués ne prouvent pas, à eux seuls, une participation directe des FSR aux combats en Éthiopie.
L’Érythrée, entre soupçons et prudence
Le rôle de l’Érythrée reste lui aussi incertain. Ses troupes avaient combattu aux côtés du gouvernement éthiopien lors de la précédente guerre du Tigré, mais les relations entre Asmara et Addis-Abeba se sont depuis dégradées. Des observateurs soupçonnent aujourd’hui l’Érythrée d’apporter un soutien discret au TPLF ; Asmara le nie, et aucune preuve tangible d’un engagement important n’est avancée dans les éléments disponibles.
Les tensions sont aussi nourries par l’ambition affichée par Abiy Ahmed d’asr à l’Éthiopie un accès à la mer. Le port érythréen d’Assab, sur la mer Rouge, est notamment évoqué. Magnus Taylor juge plausible une implication érythréenne limitée, destinée selon lui à dissuader une éventuelle action militaire éthiopienne, plutôt qu’à la provoquer.
Un risque d’escalade, sans internationalisation avérée
La fragilité régionale dépasse les frontières de l’Éthiopie. Le détroit de Bab el-Mandeb, voie importante pour le commerce maritime, est exposé aux tensions liées au conflit au Yémen et aux attaques des Houthis. Dans cette zone, l’influence croissante de puissances régionales comme l’Arabie saoudite et les Émirats s’ajoute à celle d’acteurs directement concernés par les crises locales.
Pour autant, Magnus Taylor ne considère pas que la crise éthiopienne soit déjà devenue une guerre par procuration entre les monarchies du Golfe. Le constat reste celui d’un conflit intérieur aux ramifications régionales possibles : au 2 octobre 2026, les éléments rapportés ne démontrent pas son internationalisation, mais les alliances et rivalités existantes rendent le risque d’extension préoccupant. ()
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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