Du désir d’enfant à l’abus

La gestation pour autrui : un marché en pleine expansion et ses enjeux éthiques

La rapporteuse spéciale de l’ONU contre la violence faite aux femmes et aux filles, Reem Alsalem, a récemment publié un rapport alarmant sur la gestation pour autrui (GPA). Selon ce rapport, le marché mondial de la GPA s’élevait à 14 950 milliards de dollars en 2023 et pourrait atteindre 99 750 milliards de dollars d’ici 2033. Cette croissance exponentielle soulève des questions sur les inégalités de genre, de classe sociale et entre les pays développés et ceux en développement.

La GPA est souvent présentée comme un acte altruiste ou une forme de liberté reproductive. Cependant, elle est décrite dans le rapport comme une nouvelle forme de traite de personnes. Des femmes vulnérables, souvent recrutées à l’étranger, sont soumises à des traitements médicaux invasifs dans des « fermes à ovules », où elles subissent des injections d’hormones pour le prélèvement de leurs gamètes. Des cas récents, comme celui observé en Géorgie, illustrent ces pratiques préoccupantes.

Les mères porteuses, dans ce contexte, deviennent des instruments de production. Elles signent des contrats restrictifs, subissent des examens médicaux réguliers, et peuvent être contraintes d’accoucher par césarienne ou dans le pays des clients. En Argentine, des femmes sont recrutées via les réseaux sociaux, souvent dans des situations économiques précaires, pour mener à terme une grossesse en échange de sommes dérisoires, tout en minimisant les risques physiques et psychologiques associés.

La dynamique du « tourisme reproductif » montre que les clients, principalement issus de pays riches, recherchent des législations plus flexibles et des coûts moins élevés. Lorsque les régulations se durcissent, le commerce se déplace vers des territoires moins contrôlés, reproduisant ainsi les cycles d’exploitation.

Face à cette situation, un changement de paradigme est proposé. Inspiré du modèle nordique en matière de prostitution, il s’agirait de décriminaliser les femmes recrutées comme mères porteuses et de leur offrir des alternatives économiques. En parallèle, il serait nécessaire de criminaliser les agences et les cliniques qui bénéficient de ce système, ainsi que de protéger les enfants nés de cette exploitation en exigeant des évaluations rigoureuses de leurs futurs parents.

En conclusion, la GPA constitue un recul en matière de droits des femmes et des enfants, transformant la maternité en une marchandisation du corps féminin. Tant que le sujet ne sera pas abordé de manière courageuse, le marché continuera de croître, alimenté par les inégalités. Les efforts pour abolir la GPA ne visent pas à ignorer le désir légitime d’être parent, mais à encourager des alternatives éthiques.

Source : Reem Alsalem, Rapport spécial de l’ONU sur la violence faite aux femmes et aux filles.

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