Des patientes peu écoutées | CNRS Le journal

À l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, la sociologue Muriel Darmon met en lumière le fait que la parole des femmes est souvent sous-estimée par le monde médical, qui tend à minimiser la gravité de leurs symptômes. Ce sujet est exploré dans le cadre d’une série consacrée à la santé féminine.

Une parole souvent minimisée

Muriel Darmon souligne qu’une récente étude de la Fondation hospitalière de France révèle que 51 % des femmes estiment que leurs symptômes ont déjà été minimisés par un professionnel de santé. Les recherches menées au sein de Gendhi, un projet sur les inégalités de genre en santé, montrent que lorsqu’elles expriment leurs symptômes, les femmes sont souvent confrontées à une minimisation de leur souffrance, les médecins ayant tendance à attribuer leurs douleurs à des causes psychologiques comme le stress ou l’anxiété.

« Lorsque les femmes expriment leurs symptômes, les médecins ont tendance à les minimiser ou à les renvoyer à une cause psychologique. »

Des spécificités médicales mal comprises

M. D. explique que les spécificités des pathologies féminines sont souvent moins bien connues. Les médecins ont longtemps considéré l’infarctus comme une maladie principalement masculine, ce qui peut entraîner une perception erronée des cas féminins. Les femmes, en ressentant un éventail plus large de symptômes, peuvent être perçues comme présentant des signes « atypiques », rendant leur diagnostic plus difficile.

La prise en charge par l’entourage

M. D. note également que la prise en compte de la parole des femmes par leur entourage n’est pas toujours satisfaisante. Par exemple, en cas d’AVC, les hommes poussent moins souvent leur partenaire à appeler les urgences, ce qui peut retarder la prise en charge.

« En cas d’AVC de leur conjointe, les hommes vont beaucoup moins la pousser à appeler les urgences qu’elles ne le font pour eux. »

Conséquences sur la santé

M. D. souligne que cette minimisation des symptômes a des conséquences directes sur la santé des femmes. Les patientes ayant un AVC arrivent trois fois plus tard aux urgences que leurs homologues masculins, ce qui explique pourquoi elles meurent plus souvent de ces incidents. De plus, leur rétablissement est généralement plus difficile.

Les biais de genre dans les prescriptions médicales

M. D. indique que, malgré des recommandations claires, les femmes reçoivent souvent moins de prescriptions médicamenteuses que les hommes, même dans des situations équivalentes. Cela peut affecter leur traitement pour des maladies comme les coronaropathies ou l’insuffisance cardiaque.

Une prise de conscience croissante

M. D. conclut en soulignant que, malgré ces biais, l’espérance de vie des femmes reste plus longue que celle des hommes. La profession médicale commence à prendre conscience des problèmes liés au genre, avec un intérêt croissant pour les travaux sociologiques sur ces questions.

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Source : CNRS Le journal

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