
Sans ce bus, je n’aurais pas consulté : des gynécologues mobiles en plein désert médical
Allemans-du-Dropt (Lot-et-Garonne) – À 97 ans, Giuseppina Cesa s’apprête à réaliser la première consultation gynécologique de sa vie. Résidant à Duras, près de la Gironde, elle a tenté de prendre rendez-vous chez un médecin, mais a découvert qu’il fallait attendre neuf mois. À la lecture d’une annonce pour le gynécobus, stationné à seulement 10 kilomètres de chez elle, elle a saisi l’opportunité.
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« Avant, il y avait quatre généralistes. Il n’en reste qu’un. Quand on a un problème, il ne nous reste que le 15 », explique-t-elle, soulignant la crise de l’accès aux soins dans sa région.
Depuis septembre, le gynécobus s’installe un jour par mois dans un village de la communauté de communes du Pays de Lauzun. À chaque fois, les créneaux sont pris d’assaut. Carole Calzavara, infirmière libérale et coordinatrice du projet, déclare : « Quand on leur propose un créneau, on dirait qu’on leur décroche la lune ! C’est dire s’il y a un besoin. »
10 000 habitants… et zéro gynécologue
La région, qui compte environ 10 000 habitants, ne dispose d’aucun gynécologue ou médecin généraliste qualifié. Les professionnels de santé, débordés, ont formé une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) pour répondre aux besoins de la population. Grâce à un financement de 300 000 euros de l’Agence Régionale de Santé (ARS) et du plan France Ruralités, le bus a été mis à disposition pour des consultations dans les déserts médicaux.
Carole Calzavara souligne : « Les femmes, surtout dans les campagnes, ont tendance à s’oublier. Leur santé n’est plus leur priorité. Si on ne vient pas les chercher, elles ne viendront pas d’elles-mêmes. » Le gynécobus, aménagé avec tout le matériel nécessaire, permet aux médecins et sages-femmes de l’hôpital de Marmande d’accueillir des patientes dans un cadre accessible.
Des femmes ménopausées en quête de soins
Le gynécobus attire principalement des femmes de plus de 50 ans, souvent « décrocheuses » de soins. Claudie Leirre, 72 ans, n’a pas consulté depuis deux décennies. Elle affirme : « J’ai peur de tomber malade. S’il n’y avait pas eu le bus, je n’aurais pas consulté. C’est trop compliqué d’avoir un rendez-vous. »
Les délais d’attente pour des consultations dans les hôpitaux peuvent atteindre une heure et demie de route, ce qui dissuade de nombreuses femmes. Marie Menini, autre coordinatrice du projet, précise : « Souvent, elles ne prennent même pas le temps d’appeler un gynécologue, car elles savent qu’il n’y a pas de place pour elles. »
Une écoute précieuse
Le gynécobus permet également d’établir un climat de confiance. Les patientes se sentent plus à l’aise pour partager leurs préoccupations, et certaines ont pu évoquer des situations de violence ou d’addiction. Chloé Bouriat, médecin généraliste, note que ces consultations permettent d’effectuer des dépistages de cancers et de suivre les patientes de manière continue.
Les élus locaux, comme Émilien Roso, ancien maire d’Allemans-du-Dropt, expriment leur inquiétude face à la dégradation de l’accès aux soins en milieu rural. « La santé, c’est le problème numéro un de tous les élus ici. C’est déprimant de ne pas pouvoir soigner les gens à la campagne », conclut-il.
Source : Reporterre





