
Des experts craignent l’arrivée possible de la tarification dynamique en épicerie
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Dire que les consommateurs sont peu friands de la tarification dynamique est un euphémisme. La perspective de payer un prix différent de celui de son voisin pour le même produit leur donne un sentiment d’injustice. Dans ce contexte, l’utilisation potentielle de cette forme de tarification en épicerie en horripile plus d’un, d’autant plus que la présence d’étiquettes électroniques facilite la modification des prix.
La tarification dynamique est-elle utilisée en épicerie ?
Les trois plus grandes chaînes d’épicerie au pays (Loblaws, Sobeys et Metro) ont confirmé ne pas avoir recours à la tarification dynamique. Selon elles, l’utilisation d’étiquettes électroniques en magasin leur permet d’être plus efficaces et d’offrir une plus grande exactitude dans l’affichage des prix. Pascale Chapdelaine, professeure de droit à l’Université de Windsor, souligne que les épiciers changent constamment leurs prix, mais que le numérique permet de le faire plus rapidement.
Si cette tarification n’est pas utilisée en magasin, elle pourrait l’être en amont de la chaîne d’approvisionnement, précise Sylvain Charlebois, professeur en politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie. Il estime que cette pratique est utilisée dans l’industrie, mais qu’elle n’influe pas encore sur les prix au détail. À l’international, certaines chaînes modifient leurs prix plusieurs fois par jour. Par exemple, la norvégienne REMA 1000 change les prix de certains produits jusqu’à une centaine de fois par jour, en fonction des prix des concurrents.
Qu’en est-il des épiceries en ligne ?
Deux types de tarification par algorithmes existent : la tarification dynamique, qui est alimentée par les conditions de marché, et la tarification personnalisée, dictée par des caractéristiques individuelles. Il est difficile d’évaluer l’utilisation de cette dernière forme. Chapdelaine souligne que le problème se pose lorsque des renseignements personnels sont utilisés sans le consentement des consommateurs, notamment dans des marchés où la concurrence est faible.
Aux États-Unis, le magazine Consumer Reports a mis en lumière qu’un même panier de biens achetés sur Instacart pouvait varier de 23 % d’un consommateur à l’autre. Bien qu’Instacart ait précisé qu’il ne s’agissait pas de tarification algorithmique mais de tests, la pratique a été abandonnée suite au tollé suscité.
Y a-t-il de bons côtés à la tarification algorithmique ?
Certains experts estiment que la tarification dynamique peut réduire le gaspillage en baissant le prix d’articles proches de leur date de péremption. Elle peut également améliorer la gestion des stocks, permettant d’ajuster les prix en fonction des niveaux de stock. Toutefois, ces avantages ne doivent pas être liés aux données personnelles des consommateurs.
Quelles sont les questions éthiques soulevées par la pratique ?
La tarification algorithmique est souvent critiquée, même dans des domaines comme les loisirs. Pour l’épicerie, la situation est plus délicate, car la nourriture est un besoin fondamental. Des études indiquent que des algorithmes peuvent fixer des prix au-dessus du prix du marché, ce qui suscite des inquiétudes concernant l’augmentation des prix dans un contexte économique déjà tendu. Les grossistes doivent donc être attentifs à la perception du public avant d’adopter ces outils technologiques.
Que peuvent faire les gouvernements ?
Québec solidaire a récemment mis en garde contre l’utilisation potentielle de la tarification par algorithme en épicerie, appelant à une intervention de l’Office de la protection du consommateur (OPC). L’OPC a confirmé qu’il suivait le phénomène de la tarification dynamique et évaluait la nécessité de renforcer l’encadrement légal. De plus, le gouvernement du Manitoba a déposé un projet de loi visant à interdire l’utilisation de données personnelles pour augmenter les prix pour certains consommateurs, qualifiant cette pratique de « commerciale déloyale ».
Source : Le Devoir



