
Malgré la répétition des crises, notre nourriture est toujours aussi dépendante des énergies fossiles
L’effet le plus redoutable des crises énergétiques est leur capacité à se transformer en crises alimentaires. Entre 2007 et 2008, les prix du pétrole ont connu une flambée, passant de 70 à 140 dollars le baril. Cette hausse, combinée à l’essor des biocarburants et à l’augmentation de la consommation de viande en Asie, a entraîné une augmentation brutale des prix agricoles. L’indice des prix alimentaires de l’Agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a bondi de 70 % durant cette période.
Cette envolée des prix a eu des conséquences dramatiques, particulièrement pour les agricultures vivrières, qui avaient été laminées par la concurrence internationale. En 2008, alors que la chute de Lehman Brothers secouait les marchés financiers, près d’un milliard de personnes souffraient de la faim. Des émeutes de la faim ont éclaté dans plusieurs pays, dont Haïti, l’Égypte, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Cameroun et l’Indonésie. Cet enchaînement entre crise énergétique et crise alimentaire, bien que dévastateur, n’était pas inévitable.
Un exemple historique illustre cette dépendance. Durant l’été 1920, la Côte ouest des États-Unis a subi une pénurie d’essence due à une demande croissante liée à l’essor de l’automobile, à la diffusion rapide des tracteurs et à une sécheresse sévère. Les agriculteurs californiens, privés d’eau et d’électricité hydraulique, ont dû recourir à des pompes à essence pour irriguer leurs terres. Cette situation a révélé une rigidité de l’offre face à une consommation en forte hausse, exacerbée par l’isolement relatif de la région.
Il est devenu évident que toutes les consommations ne se valent pas. L’agriculture, essentielle à la survie, dépend largement des énergies fossiles pour l’irrigation, le transport et la récolte. Face à la pénurie, les compagnies pétrolières ont choisi de rationner les usages, illustrant la nécessité de distinguer l’essentiel du superflu en temps de crise.
Source : Agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)






