Dans « Notre salut », Swann Arlaud incarne un fonctionnaire de Vichy sur fond de « Live Is Life »
Notre salut, le nouveau film d’Emmanuel Marre avec Swann Arlaud, sort en salles le 30 septembre 2026. En mêlant images d’archives et chansons bien postérieures à l’Occupation, le réalisateur cherche moins à reconstituer l’époque qu’à en faire ressentir les mécanismes. L’utilisation de Live is Life, notamment, accompagne une scène qui met en regard liesse populaire et saluts nazis.
Un fonctionnaire au service de sa carrière
L’action se déroule à Limoges, sous le régime de Vichy. Swann Arlaud incarne Henri Marre, un fonctionnaire pétainiste chargé de la lutte contre le chômage. Il espère tirer parti de sa position locale pour progresser dans l’administration et se montre docile envers les nazis. Dans le même temps, il écarte les personnes qui lui résistent.
Parmi ses décisions, le film met en scène le licenciement d’un employé qui avait engagé des dépenses jugées excessives après avoir fourni des sanitaires et du foin à des déportés. L’épisode donne à voir comment des décisions administratives ordinaires peuvent participer à la violence du régime.
Le personnage s’inspire du véritable Henri Marre, grand-père du cinéaste. Le film est adapté de la correspondance de celui-ci et de son épouse. Il ne propose pas le portrait d’un grand dirigeant, mais celui d’un homme attiré par l’ascension professionnelle, dont les ambitions se conjuguent à ses convictions pétainistes.
Des chansons anachroniques face aux archives
La bande originale joue sur le décalage. Parmi les trois titres utilisés dans le film figure Live is Life, succès du groupe autrichien Opus sorti en 1984. La chanson accompagne des images d’archives montrant une foule accueillant le maréchal Pétain à Limoges, avec des saluts nazis.
Ce contraste entre une musique familière et des images historiques brutales est au cœur du dispositif. Le réalisateur Emmanuel Marre explique dans les éléments de production que ces écarts peuvent, selon lui, rapprocher le spectateur d’une sensation présente. Le film utilise aussi un morceau d’Alphaville lors d’une scène de fête.
Ces choix ne cherchent pas à faire oublier le contexte historique. Ils évitent plutôt de le réduire à une reconstitution musicale attendue. En confrontant des chansons associées à une autre époque à des archives de l’Occupation, le film met en tension le quotidien, la propagande et la violence politique.
Une forme entre fiction et archives
La mise en scène accompagne cette approche. Les images sont tournées caméra à l’épaule le jour et au flash la nuit. Swann Arlaud occupe une place centrale, et certaines scènes laissent une part à l’improvisation. Des séquences d’archives s’insèrent dans le récit, tandis que les dialogues passent de la vie quotidienne à des questions politiques.
Récompensé par le prix du scénario au Festival de Cannes 2026, Notre salut entend ainsi montrer l’intérieur d’une dictature à travers les gestes et les choix d’un fonctionnaire. Le film aborde notamment le vocabulaire administratif utilisé pour désigner les arrestations de Juifs et la banalisation du mal à l’échelle individuelle. ()
Source : Le HuffPost : actualités et infos décalées en continu, en France et dans le monde (www.huffingtonpost.fr)
Article original : Consulter la source originale
Auteur : Valentin Etancelin
