Un regain d’activité en trompe l’oeil
Alors que la filière touristique peine encore à se relever des crises successives, dont celle liée aux émeutes, le secteur de la croisière reprend, lui, quelques couleurs. Ainsi, en 2025, 250 924 croisiéristes ont été accueillis en Nouvelle-Calédonie, contre 191 515 en 2024 (soit une hausse de 31 %). Un regain d’activité qui ne doit pas cacher une autre réalité plus structurelle : la filière ne parvient plus à reconquérir les flux d’avant les crises Covid et insurrectionnelle.
Table Of Content
- Un regain d’activité en trompe l’oeil
- Un nombre de paquebots en chute libre depuis 10 ans
- Où ouvrir de nouvelles escales dans le pays ?
- Vers une réouverture progressive à Maré ?
- Lancement d’une étude sur les retombées économiques de la filière
- Ce qui se passe réellement
- Pourquoi cela dérange
- Ce que cela implique concrètement
- Lecture satirique
- Effet miroir international
- À quoi s’attendre
- Sources
À titre d’exemple, en 2023, le pays avait enregistré plus de 340 000 croisiéristes, un chiffre similaire à celui de 2019, période de référence avant la pandémie. Mais ces données restent très loin des fréquentations qui ont pu dépasser la barre des 500 000 passagers dans les années 2016 et 2017.
Néanmoins, alors que 73 % des flux de 2023 ont été récupérés l’an passé, le secteur de la croisière reste nettement plus dynamique dans le pays que celui des touristes de séjour, toujours à la peine, avec moins de la moitié (45%) des volumes de visiteurs d’avant émeutes reconquis en 2025.
Un nombre de paquebots en chute libre depuis 10 ans
Si les raisons de cette perte de vitesse sont multiples, la fermeture des escales traditionnelles de l’île des Pins et de Maré depuis la crise sanitaire expliquent en grande partie cette baisse globale de la fréquentation dans le pays. En témoigne le nombre de touchers de paquebots, qui est lui aussi en chute libre. En dix ans, il est ainsi passé de plus de 200, avec 235 bateaux recensés en 2016, à seulement 80 en 2025, soit un recul de 66 %. Une baisse légèrement moins prononcée à Lifou (-51 %) qu’à Nouméa (-60 %).
Les crises, sanitaire et insurrectionnelle, n’y sont pas non plus étrangères. Tout comme le renouvellement de la flotte de certains armateurs dans la région au seuil des années 2020, qui explique la baisse progressive entamée dès 2018.
Où ouvrir de nouvelles escales dans le pays ?
« Ce qui nous fait défaut aujourd’hui, c’est clairement le manque d’escales qui contribue à la perte d’attractivité du territoire pour les compagnies de croisière internationales, analyse Julie Laronde, directrice de Nouvelle-Calédonie tourisme (NCT) et membre fondatrice du club croisière, lancé en 2025 pour tenter de redynamiser le secteur. Notre objectif est de prospecter pour identifier de nouvelles escales, notamment en vue d’accueillir de petites unités. Des communes nous ont déjà manifesté leur intérêt comme Boulouparis et Bourail, poursuit Julie Laronde. On souhaite mailler tout le territoire pour pouvoir offrir un catalogue d’escales plus complet qui pourrait ainsi intéresser les compagnies et notamment les petits paquebots de luxe comme le Ponant. On peut imaginer se tourner vers des destinations comme Hienghène ou Poum également, mais c’est un travail qui prendra du temps car il implique de longues discussions en amont. »
Vers une réouverture progressive à Maré ?
Pour l’heure, Kunié et Maré, où une partie de la population pointe les dégâts causés sur l’environnement et les écosystèmes marins par ce tourisme de masse, restent fermées aux paquebots de croisière, bien que sur Nengone, la situation ne soit pas totalement figée. En 2024, deux navires de croisière de luxe, d’une capacité bien plus faible, ont ainsi été autorisés sur l’île (ce qui a représenté seulement 430 passagers débarqués).
Par ailleurs, une étude a été menée sur place et pilotée par la CCI (Chambre de commerce et d’industrie) afin de mesurer le niveau d’acceptabilité de la croisière par la population et ses attentes en termes de retombées économiques. Objectif : envisager un retour raisonné et accepté des paquebots sur l’île, qui pourrait définir des volumes de passagers et des tailles de navire maximums à ne pas dépasser par exemple. Les premières restitutions ont été faites aux chefferies et à l’institution provinciale.
Si des discussions en ce sens ont également cours avec les autorités de l’île des Pins, rien n’a encore été acté pour Kunié, où en cas d’une éventuelle reprise de l’activité, seule de petits navires de croisières seraient admis « C’est une escale toujours très recherchée et demandée par les sociétés de croisière. Mais ce qui est sûr, c’est que si les discussions aboutissaient, le modèle serait très différent et n’aurait rien à voir avec ce qui se faisait avant la crise Covid », glisse Julie Laronde, directrice de Nouvelle-Calédonie tourisme.
Lancement d’une étude sur les retombées économiques de la filière
Elle devait être lancée en 2024, mais c’était sans compter sur les émeutes qui ont mis en pause le projet. Depuis décembre dernier, une étude prévue sur une période d’un an, commandée par Nouvelle-Calédonie tourisme, est menée afin de mieux connaître le poids économique réel que représentent les croisiéristes dans la filière. Car s’ils dépensent beaucoup moins que les voyageurs au long cours, il n’est pas facile de quantifier précisément ce que génère ce tourisme en Nouvelle-Calédonie. Généralement, on estime qu’un croisiériste dépense 5 000 francs par jour dans le pays, sauf que ce chiffre est à prendre avec la plus grande précaution puisqu’il date de 2009.
L’objectif est donc d’actualiser ces données relatives aux passagers, mais pas seulement. Ce travail concerne aussi l’ensemble des comptes liés aux escales : tout ce que les paquebots dépensent à travers les touchers, les frais de port, les avitaillements, etc. Les résultats sont attendus d’ici fin 2026.
Il aura fallu près de 3 ans pour que le projet soit définitivement adopté. Le 18 décembre dernier, le Congrès a fixé les tarifs définitifs de la taxe croisière, qui doit ainsi entrer en vigueur en 2026. La taxe devrait ainsi rapporter 119 millions de francs dès cette année. Son rendement pourrait atteindre 287 millions de francs en 2027, soit trois fois moins qu’initialement envisagé.
En cause : le dépôt d’un amendement en commission instaurant des tarifs dégressifs en fonction du nombre d’escales effectuées par les compagnies. Ainsi, ces dernières paieront 1 500 francs par passager si elles réalisent moins de 50 escales par an, 500 francs si elles en mènent entre 50 et 129 et, enfin, 350 francs à partir de 130 escales. L’objectif avancé est de privilégier les compagnies qui réalisent des escales toute au long de l’année et d’inciter les opérateurs moins réguliers à en effectuer davantage.
Croisières en Nouvelle-Calédonie : Une Tempête dans un Verre d’Eau
Alors que le tourisme local peine à se relever, la croisière fait son show avec une hausse de 31 % des croisiéristes en 2025. Mais derrière cette façade colorée, la réalité est bien plus sombre.
Ce qui se passe réellement
La Nouvelle-Calédonie, après avoir été secouée par des crises successives, voit son secteur de la croisière afficher des chiffres en hausse. En 2025, 250 924 croisiéristes ont été accueillis, contre 191 515 en 2024. Une belle embellie, n’est-ce pas ? Pourtant, cette hausse ne doit pas masquer une réalité plus inquiétante : le secteur peine à retrouver les niveaux d’avant les crises Covid et insurrectionnelle. En 2023, le pays avait enregistré plus de 340 000 croisiéristes, un chiffre qui rappelle les années 2019, mais qui reste bien loin des 500 000 passagers de 2016 et 2017.
Alors que 73 % des flux de 2023 ont été récupérés, le secteur de la croisière se révèle nettement plus dynamique que celui des touristes de séjour, qui ne parviennent à reconquérir que 45 % des volumes d’avant les émeutes en 2025.
Pourquoi cela dérange
La fermeture des escales traditionnelles, comme l’île des Pins et Maré, a été un coup dur pour la fréquentation. En dix ans, le nombre de touchers de paquebots a chuté de 66 %, passant de 235 en 2016 à seulement 80 en 2025. Les crises sanitaires et politiques ont bien sûr joué un rôle, mais le renouvellement de la flotte des armateurs dans la région a également contribué à cette dégringolade.
Ce que cela implique concrètement
Le manque d’escales contribue à la perte d’attractivité du territoire pour les compagnies de croisière internationales. Julie Laronde, directrice de Nouvelle-Calédonie tourisme, l’admet sans détour : « Ce qui nous fait défaut aujourd’hui, c’est clairement le manque d’escales. » Des communes comme Boulouparis et Bourail se montrent intéressées, mais le chemin pour redynamiser le secteur semble semé d’embûches.
Lecture satirique
Ironiquement, alors que le gouvernement se félicite de cette « reprise », il semble ignorer que les croisiéristes dépensent en moyenne moins que les voyageurs au long cours. En effet, un croisiériste dépenserait environ 5 000 francs par jour, un chiffre à prendre avec des pincettes, datant de 2009. On peut se demander si ces chiffres ne sont pas un peu trop optimistes pour masquer une réalité bien plus morose.
Effet miroir international
En observant la situation en Nouvelle-Calédonie, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec les politiques autoritaires ailleurs, où les chiffres sont souvent embellis pour masquer des crises sous-jacentes. Comme aux États-Unis ou en Russie, où les gouvernements tentent de présenter une image de prospérité alors que les fondations sont en train de s’effondrer.
À quoi s’attendre
Si les tendances actuelles se poursuivent, la Nouvelle-Calédonie pourrait continuer à voir un afflux de croisiéristes, mais à quel prix ? La question de l’acceptabilité du tourisme de masse par la population reste en suspens, et les retombées économiques réelles sont encore à définir. Les résultats d’une étude sur ce sujet sont attendus d’ici fin 2026.
Sources
![[INFOGRAPHIES] En 2025, 250 000 croisiéristes sont venus en Nouvelle-Calédonie](https://www.lnc.nc/sites/default/files/melody/312517/000ea71185696d30e770eav_00075596_1.jpg)


