Canada et UE : leur alliance ouvre des marchés aux industriels de la défense (consilium.europa.eu)
Canada-UE : s’allier face à Trump, sans donner un blanc-seing au libre-échange
Le fait principal
Bruxelles et Ottawa veulent franchir un nouveau cap. Le 16 septembre 2026, Ursula von der Leyen a proposé d’ouvrir la voie à un statut de « premier membre associé » de l’Union européenne pour le Canada. Le lendemain, devant le Parlement européen, le premier ministre canadien Mark Carney a accueilli cette ambition et défendu une coopération renforcée. Attention au raccourci : il s’agit d’un projet politique, pas d’une adhésion acquise. Le statut annoncé reste à définir. (lemonde.fr)
Une alliance parfaite ? Disons plutôt un rapprochement stratégique dont les modalités restent à négocier. L’expression « membre associé » a déjà son effet d’annonce. Son architecture juridique, elle, n’existe pas encore. (apnews.com)
Ce qui s’est passé
À Strasbourg, Mark Carney a proposé de renforcer les coopérations dans les minerais critiques, l’énergie, la défense, l’intelligence artificielle et les systèmes de paiement. Il souhaite aussi faciliter les possibilités de vivre, travailler et étudier de part et d’autre de l’Atlantique pour les jeunes, et explorer un marché intégré des services financiers. Ce sont des propositions, pas de nouveaux droits déjà ouverts aux citoyens. (pm.gc.ca)
Le rapprochement possède néanmoins des bases concrètes. Le 15 juin 2026, le Conseil de l’UE a formellement conclu l’accord permettant la participation d’entreprises et de produits canadiens aux achats réalisés dans le cadre de SAFE, l’instrument européen de soutien aux investissements de défense. Cet accord avait été signé le 14 février. (consilium.europa.eu)
Donald Trump a réagi à la perspective d’association en menaçant l’Europe de nouveaux droits de douane si cette démarche relevait, selon lui, d’une intention hostile. Une conception très particulière de l’amitié : les partenaires sont libres de leurs alliances, à condition de demander la permission. (apnews.com)
Le contexte
Dans sa chronique du 16 septembre, reprise par eurotopics, Pierre Haski défend une alliance de puissances moyennes capables d’éviter la dépendance envers Washington. Il souligne un obstacle :
« Dix pays de l’UE, dont la France, n’ont toujours pas ratifié un traité commercial avec le Canada signé il y a déjà dix ans ! »
Le chroniqueur estime également que ce rapprochement doit s’élargir à de grands pays du Sud. C’est une orientation qu’il préconise, non une extension déjà décidée. (eurotopics.net)
Le chiffre de dix pays est confirmé par la Commission européenne. Quant aux « dix ans », précisons le calendrier : le CETA, l’accord économique et commercial entre l’UE et le Canada, a été signé le 30 octobre 2016. Son dixième anniversaire interviendra donc le 30 octobre 2026. Il est appliqué provisoirement depuis le 21 septembre 2017. L’absence de ratification complète ne signifie pas que les échanges attendent au poste-frontière. (policy.trade.ec.europa.eu)
La réserve française ne se résume pas non plus à une distraction administrative. Le 21 mars 2024, le Sénat a supprimé l’article autorisant la ratification du CETA, tout en adoptant celui relatif à l’accord de partenariat stratégique. Sa commission des affaires étrangères invoquait notamment les risques pour l’agriculture française. Autrement dit : coopérer avec le Canada et approuver son traité commercial sont deux décisions distinctes. (senat.fr)
Les chiffres à retenir
- 17 États membres ont achevé leur ratification nationale du CETA ; 10 doivent encore le faire : Belgique, Bulgarie, Chypre, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Pologne et Slovénie. (policy.trade.ec.europa.eu)
- 134 milliards de dollars canadiens : la valeur des échanges bilatéraux de marchandises en 2025, selon Affaires mondiales Canada, soit plus de 77 % au-dessus du niveau de 2016. Cette comparaison concerne les marchandises, pas l’ensemble des biens et services. (canada.ca)
- 211 voix contre 44 : le vote ayant supprimé, au Sénat français, l’article autorisant la ratification du CETA le 21 mars 2024. (senat.fr)
Ce que cela révèle
L’enjeu est l’autonomie, mais le débat commercial ne disparaît pas par enchantement. Le gouvernement canadien présente le rapprochement comme un moyen de renforcer la souveraineté des deux partenaires. Le Sénat français a, lui, distingué l’alliance stratégique du contenu du CETA. Cette distinction mérite mieux qu’un procès en immobilisme. (pm.gc.ca)
Dans une lecture sociale et écologique, refuser les pressions de Trump ne devrait pas obliger à approuver chaque dispositif de libéralisation. La hausse des échanges ne suffit pas, à elle seule, à répondre aux questions essentielles : quels emplois, quels revenus agricoles, quelles protections environnementales et quel contrôle démocratique ?
Le volet énergétique illustre les arbitrages à venir. Dans son discours, Carney propose notamment de fournir du gaz naturel liquéfié et de l’hydrogène à grande échelle. La sécurité d’approvisionnement figure donc au programme ; elle ne constitue pas, en soi, une garantie écologique. Changer de fournisseur ne dispense pas de discuter du modèle énergétique. (pm.gc.ca)
L’ouverture aux pays du Sud défendue par Haski pose enfin une question politique : construire une coopération plus large, ou simplement un entre-soi occidental mieux protégé ? Le chroniqueur plaide pour la première option. Elle reste à traduire en actes. (eurotopics.net)
Ce qu’il faut retenir
Le Canada et l’Union européenne préparent un rapprochement ambitieux, mais son cadre reste à construire. Le CETA fonctionne déjà largement, malgré une ratification inachevée. (pm.gc.ca) Résister aux pressions américaines peut justifier une alliance. Pas un chèque en blanc commercial.
