
Averroès, le « refoulé » de la philosophie médiévale : Une représentation artistique
Dans le tableau de Giovanni di Paolo (1445), Saint-Thomas confondant Averroès, la transmission des idées de Thomas d’Aquin est mise en avant, soulignant l’importance du « docere » (enseignement) dans l’ordre dominicain. À l’inverse, Averroès est représenté allongé devant Thomas, une posture qui le dépeint comme un pseudo-savant et un anti-maître sans élève. Ce choix artistique vise à conjurer le « danger » que représente l’averroïsme, une philosophie qui dissocie l’intellect de l’individu, attribuant cet intellect à l’espèce humaine dans son ensemble.
Il est essentiel de noter que la peinture italienne ne peut être pleinement comprise sans l’examen des arguments des deux philosophes. En refoulant l’averroïsme, Thomas d’Aquin lui reconnaît implicitement une certaine validité. Tous deux sont considérés comme des commentateurs d’Aristote, et Thomas conteste Averroès de l’intérieur, en tant que philosophe. L’évaluation du commentaire d’Aristote par Averroès comme « déviant » ne diminue en rien sa stature de philosophe, surtout compte tenu de son intérêt pour le savoir rationnel.
Peindre Averroès dans une fresque ou un tableau revient à lui « retourner son mépris de l’homme commun », le figer en tant que philosophe sans croyance, éloigné de la foi. Cette représentation tend à minimiser l’impact des écrits d’Averroès, et le triomphe de Thomas d’Aquin est accentué par la marginalisation d’Averroès. Des critiques, comme celles du Pseudo-Gilles de Rome, affirment qu’Averroès dévalorise le langage théologique, le remplaçant par le kalâm, une affirmation qui le poursuivra tout au long de sa vie.
Un tableau anonyme du XIVe siècle met en avant l’effacement du corps d’Averroès au profit de son nom, soulignant la préoccupation des chrétiens face à un penseur arabe qui pourrait « intellectualiser » la pensée au point de la dissocier du corps. Cette inquiétude ouvre la voie à des interprétations de l’immortalité de l’intellect, en opposition à la résurrection corporelle.
D’autres artistes, tels que Zanobi Strozzi et Filippino Lippi, ont également représenté Averroès sous diverses facettes, souvent en le montrant comme un homme en proie à la colère ou à la mélancolie. Ces représentations soulignent son dépit d’être éloigné de Dieu, malgré sa défense de la nécessité de compléter le savoir humain dans un « face-à-face » avec le divin.
En somme, Averroès est souvent « confondu » et « incompris » dans l’art, aggravant son cas par des affirmations sur la nature humaine. Dans certains tableaux, il apparaît méditatif, la tête penchée, illustrant une autre facette du philosophe andalou qui revendique la vérité tout en étant perçu par ses détracteurs comme un « fantasme ».
Source : Jean-Baptiste Brenet





