
Je ne pourrai pas tenir : l’angoisse des étudiants étrangers face à la hausse des frais de scolarité
Mardi 12 mai 2026, des manifestations ont eu lieu à Besançon contre la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers extracommunautaires, c’est-à-dire ceux qui ne viennent pas de l’Union européenne. Israel, étudiant togolais, et Samuel, étudiant ivoirien, expriment leurs craintes quant aux conséquences de cette mesure sur leur quotidien déjà précaire.
Israel et Samuel, âgés respectivement de 26 et 24 ans, ont quitté le Togo et la Côte d’Ivoire pour poursuivre leurs études en France. Jusqu’à présent, ils bénéficiaient d’une exonération de leurs frais de scolarité, mais cela pourrait changer. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé un plan visant à faire payer des frais de scolarité différenciés à 90% des étudiants extracommunautaires. Selon ce plan, les frais de scolarité pour une année de licence passeraient de 178 € à 2 895 €, et ceux pour un master de 254 € à 3 941 €. Cette augmentation pourrait rapporter 250 millions d’euros aux universités, selon les prévisions ministérielles.
Les syndicats et la communauté étudiante s’opposent à cette mesure, la qualifiant de discriminatoire. À Besançon, des manifestations ont eu lieu à l’appel de la CGT. L’université Marie et Louis Pasteur de Franche-Comté a également exprimé son opposition à cette hausse des frais.
Après des discussions avec des acteurs du monde universitaire, le ministre a légèrement revu sa position, abaissant la proportion d’étudiants concernés à 80% au lieu de 90%. Toutefois, cette annonce n’a pas apaisé les inquiétudes d’Israel, qui craint de devoir payer près de 4 000 euros pour son master en biomédical ou en biomécanique.
Israel déclare : « Je ne pourrai pas tenir. Les économies que j’ai, ce n’est que pour survivre quelques mois. » Les étudiants extracommunautaires, exclus du système de bourses, représentent 60% des bénéficiaires des épiceries solidaires selon la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE). Israel souligne la précarité de leur situation, souvent sans aide familiale.
Pour subvenir à ses besoins, Israel travaille comme magasinier pour payer son loyer de 340 €. À partir de juillet, il devra également faire face à la suppression des APL pour les étudiants extracommunautaires, prévue par le projet de loi de finances 2026. Il s’indigne : « Ne nous faites pas croire que l’État est endetté à cause de nous ! »
L’université de Franche-Comté redoute que cette mesure dissuade de potentiels nouveaux étudiants, ce qui pourrait entraîner des difficultés de recrutement. Mathilde Dehestru, directrice adjointe de la communication de l’université, a déclaré que la gouvernance est fermement opposée à ce projet de décret.
Samuel, quant à lui, termine un master en psychologie clinique. Une hausse de ses frais de scolarité le contraindra probablement à abandonner son projet de recherche. Actuellement, il gagne environ 500 euros par mois en intérim et ne reçoit aucune aide de sa famille. Il déplore : « Ça ne fera que maintenir les populations immigrées dans une catégorie sociale précaire. »
Au 1er janvier 2026, 2 593 jeunes extracommunautaires étudiaient en Franche-Comté. La situation de ces étudiants soulève des questions sur l’avenir de l’enseignement supérieur en France et sur l’accueil des étudiants étrangers.
Source : France 3






