Des nappes d’hydrocarbures observées par satellite au large de l’Angola pourraient atteindre les côtes et affecter les communautés de pêcheurs de Soyo et de Cabinda. Une enquête publiée par Voxeurop le 22 octobre 2026 estime que les rejets associés au bloc offshore 15 se répètent depuis plusieurs années. ExxonMobil, qui exploite ce bloc, conteste leur origine industrielle et évoque des suintements naturels.

Des rejets détectés depuis 2003

Selon l’analyse d’images satellitaires présentée par Voxeurop, aucune trace de fuite n’apparaissait dans la zone avant l’installation de la plateforme Kizomba A en 2002. Les premières observations de pétrole à la surface dateraient de 2003. D’abord sporadiques, elles seraient devenues plus longues à partir de 2007, puis quasi permanentes en 2013.
Pour le bloc 15, l’estimation la plus prudente évoquée par l’enquête atteint environ 90 000 barils, soit 14 235 m³ cumulés. Un scénario qualifié de « possible » par l’expert consulté porte le volume à 711 750 m³, soit environ 4,5 millions de barils. Ces évaluations reposent sur la surface des nappes observées : les images satellites ne permettent pas d’en mesurer l’épaisseur.
Les chiffres contrastent avec ceux communiqués par l’Agence nationale du pétrole, du gaz et des biocarburants (ANPG). Selon les données citées par Voxeurop, l’agence fait état d’une moyenne de 450 barils de déversements par an pour l’ensemble des blocs offshore, sur sept années de données. Les volumes déclarés par les entreprises ne sont pas ventilés par pays, ce qui complique leur comparaison avec les estimations satellitaires.
Une origine contestée
Oscar Garcia, géoscientifique qui a examiné les conclusions, estime que la persistance des nappes et leur proximité avec les installations suggèrent une origine humaine. Il considère également que les vents et les courants peuvent les pousser vers le littoral.
ExxonMobil affirme, de son côté, que ses inspections n’ont révélé ni anomalie opérationnelle ni fuite de ses installations. L’entreprise attribue le film observé à des suintements naturels d’hydrocarbures, présents dans les eaux angolaises avant ses activités. Elle indique surveiller la zone. Selon Voxeurop, ExxonMobil n’a pas fourni d’échantillon prélevé sur place pour permettre une vérification indépendante de cette explication.
Les conséquences décrites par les pêcheurs concernent leurs prises, leurs équipements et leurs ressources alimentaires. À Soyo, des habitants rapportent que le pétrole s’accroche aux filets et revient sur la plage lorsque la mer est agitée. À Cabinda, des pêcheurs disent avoir vu diminuer les sardines et les corvines, tandis que des récoltes de manioc et d’agrumes seraient abîmées. Ces témoignages font état d’une forte précarité alimentaire, mais ne suffisent pas à établir à eux seuls la cause de chaque dommage.
Santé : des inquiétudes, mais pas de lien établi avec les cancers
Des soignantes interrogées par Voxeurop associent des épisodes de pollution à une hausse de troubles digestifs et d’infections cutanées. L’ancienne responsable de la Santé de Cabinda, Carlotta Tati, dit avoir constaté des cas de cancer qu’elle relie à l’activité pétrolière. L’enquête précise toutefois qu’aucune étude épidémiologique n’a établi de lien de causalité entre l’extraction locale et ces cancers. Ses observations reposent sur des dossiers cliniques qui n’ont pas été rendus publics.
Les habitants décrivent aussi des nettoyages réalisés par des pêcheurs recrutés de manière informelle. Après un rejet en 2025, des reçus consultés par Voxeurop indiqueraient que Chevron a rémunéré des résidents environ 200 dollars pour deux semaines de travail. Les travailleurs auraient reçu un équipement de protection élémentaire, sans contrat officiel ni assurance, selon leurs témoignages.
Une prolongation à clarifier
Voxeurop indique que la licence du bloc 15 aurait été prolongée jusqu’en 2037. Un communiqué de l’ANPG publié le 9 septembre 2026 mentionne toutefois une extension jusqu’en 2032. Les informations disponibles ne concordent donc pas sur l’échéance de la licence.
L’enquête souligne enfin que le pétrole du bloc 15 alimente des échanges internationaux : les données commerciales de Kpler qu’elle a analysées font état de livraisons vers au moins 13 pays et de plus de 370 millions de barils expédiés vers des installations en Asie, en Amérique du Nord et en Europe pendant la période étudiée. Elle met ainsi en regard les revenus tirés de l’exploitation et les difficultés rapportées par les communautés côtières, tout en laissant ouverte la question de l’origine précise des nappes observées.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteurs : Stéffie Banatvala et Giorgio Michalopoulos







