
Toute la filière est menacée : les plantations de betteraves touchées par des attaques massives de pucerons
Depuis le début du mois d’avril, les pucerons prolifèrent dans les champs de betteraves, suscitant l’inquiétude des planteurs qui craignent une année aussi désastreuse qu’en 2020. Cette nouvelle vague pourrait fragiliser davantage une filière sucrière déjà en difficulté.
Les semis, réalisés début mars, sont déjà sous pression. Jean-Armand Doublier, producteur de betteraves à Bricy, dans le Loiret, exprime son inquiétude : « la situation est plus préoccupante qu’en 2020. » Cette année-là, la jaunisse de la betterave avait provoqué une chute de 27 % des rendements en France, et Doublier avait subi un effondrement de plus de 50 % de sa production. Les agriculteurs attendent la mi-juin pour évaluer l’ampleur de la maladie, alors que les feuilles jaunissent déjà, signe d’une nouvelle période difficile.
En Centre-Val de Loire, la filière betteravière, qui comptait 12 000 planteurs en 2023, a vu ses effectifs diminuer par rapport aux 18 000 producteurs en 2020. L’instabilité des prix et le manque de perspectives sur les rendements ont conduit à cette réduction. De 2021 à 2023, l’ancien ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, avait suspendu l’interdiction des néonicotinoïdes, un pesticide permettant de protéger les cultures de la jaunisse. Toutefois, cette dérogation a été supprimée, forçant les agriculteurs à utiliser des produits moins efficaces.
Jean-Armand Doublier a déjà utilisé trois des cinq traitements autorisés, sans garantie d’efficacité. « Le traitement des surfaces nous revient 40 euros à l’hectare en moyenne pour les seuls produits. Nous ne le faisons pas par plaisir, c’est une nécessité coûteuse, » souligne-t-il.
Ghislain Maltesta, directeur expérimentations à l’Institut technique de la betterave (ITBF), confirme l’ampleur de la crise. Il n’existe actuellement aucune alternative efficace à l’interdiction des néonicotinoïdes. Bien que de nouvelles variétés de betteraves plus résistantes à la jaunisse soient en développement, leur productivité est inférieure de 15 % à celle des variétés traditionnelles.
En 2025, 23 250 hectares étaient consacrés à la culture de la betterave en Centre-Val de Loire, marquant une baisse de 25 % par rapport à 2020. Les betteraves alimentent trois sucreries dans le Loiret, à Artenay, Pithiviers-le-Vieil et Corbeilles, employant environ 400 salariés. Un nouvel effondrement de la production risquerait de fragiliser ces sites agro-alimentaires, rappelant la fermeture en 2020 de la sucrerie de Toury en Eure-et-Loir.
Source principale : France 3 Régions






