Journée nationale de l’Anru : défis de la rénovation urbaine face au climat et à la politique en France
Le 17 septembre, la journée nationale de l’Anru a été inaugurée à Saint-Denis, où le maire (LFI) Bally Bagayoko a souligné la complexité des enjeux territoriaux. Dans cette ville, près de 150 nationalités cohabitent, avec un taux de pauvreté atteignant 36% et jusqu’à 40% dans les quartiers prioritaires. Le programme national de renouvellement urbain (NPRU) concerne 8 villes, 14 quartiers, et plus de 200.000 habitants.
Bagayoko a affirmé que la transformation urbaine ne doit pas conduire à l’éviction des habitants, mais doit se concentrer sur la protection et l’accompagnement des populations. Il a également appelé à la validation rapide de l’Anru 3 par le Parlement, insistant sur l’importance d’une approche équitable et sociale dans l’intervention urbaine.
« Harcelez vos députés ! »
Le président de l’Anru, Patrice Vergriete, a présenté un bilan positif du NPRU, avec 86% des crédits engagés et 93% des chantiers lancés. Il a mis en garde contre les récentes critiques visant la loi SRU et le logement social, soulignant l’importance des HLM pour les familles, notamment à Dunkerque, où une famille monoparentale peut économiser près de 400 euros par mois en accédant à un logement social. Vergriete a incité les élus à faire pression pour l’adoption de la loi sur le logement.
« Des infrastructures conçues pour un climat qui n’existe plus »
Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au CEA, a exposé les défis climatiques actuels, citant l’été 2026 comme le plus chaud enregistré, avec une augmentation de la température moyenne en France de 1,9°C depuis l’ère préindustrielle. Elle a averti que les infrastructures actuelles ne sont plus adaptées aux nouvelles réalités climatiques, ce qui affecte particulièrement les populations vulnérables.
5 milliards d’euros, 150 quartiers et le spectre du blocage
Cédric Van Styvendael, maire de Villeurbanne, a souligné que les habitants des quartiers populaires sont souvent plus exposés aux désastres climatiques. Il a plaidé pour que l’Anru 3 mette l’habitabilité au cœur de ses priorités. Claire Thoury, présidente du Cese, a appelé à une reconnaissance des besoins des territoires, en particulier des outre-mer.
La députée Annaïg Le Meur a évoqué la fragilité du projet de loi Logement, face à des amendements menaçant l’article 1 sur le renouvellement urbain. Elle a défendu l’enveloppe de 5 milliards d’euros comme un socle essentiel pour les investissements nécessaires.
Van Styvendael a rappelé que chaque milliard d’euros investi par l’État dans l’Anru génère 50 milliards d’euros d’investissements, soulignant l’importance de maintenir les crédits pour éviter une « maladaptation » des territoires. Les intervenants ont également plaidé pour une réorientation des fonds européens vers la rénovation thermique des quartiers.
La guerre des 150 quartiers n’aura pas lieu
Enfin, la sélection des 150 quartiers pour l’Anru 3 a été jugée insuffisante par certains, notamment en ce qui concerne les besoins spécifiques des outre-mer. Van Styvendael a averti contre une compétition entre territoires, affirmant que l’expertise de l’Anru doit également bénéficier à d’autres zones fragiles.
