Racisme au RN : des « cas isolés » par dizaines, mais Aliot regarde chez les autres
Racisme « dans tous les partis » : Louis Aliot invente la déresponsabilisation nationale
Le fait qui dérange
Le 9 septembre 2026, le Rassemblement national a exclu un policier municipal de Carcassonne appartenant à son service d’ordre, après la diffusion d’une vidéo comportant des propos racistes, sexistes et complotistes. Le parti a condamné ces propos. Le lendemain, Louis Aliot, maire de Perpignan et vice-président du RN, expliquait que les racistes existaient aussi ailleurs. L’exclusion d’abord. La dilution ensuite. (lagazettefrance.fr)
Reconnaissons la sanction : elle existe. Mais exclure un membre répond à la question de son maintien dans le parti. Cela ne répond pas à celle de son recrutement, de ses responsabilités ni des moyens de prévenir les récidives.
Une porte de sortie n’est pas un contrôle à l’entrée.
Ce que le RN affirme
Interrogé sur franceinfo le 10 septembre 2026, Louis Aliot répond : il y en a partout, dans tous les partis
. Sa défense consiste à contester que le RN attire davantage de personnes racistes que les autres formations. (lagazettefrance.fr)
Il avance aussi un argument chronologique recevable : l’affaire ne commence pas avec l’arrivée du RN à la mairie. Selon l’AFP, une plainte avait été déposée le 31 décembre 2025, avant l’élection de Christophe Barthès. Attribuer l’origine de ces faits à la nouvelle municipalité serait donc abusif. En revanche, cette chronologie ne règle pas la question de l’appartenance du policier au service d’ordre du parti. (lagazettefrance.fr)
Voilà la distinction qu’il faut conserver : ne pas inventer une responsabilité municipale ne signifie pas effacer une responsabilité politique. Le calendrier n’est pas une gomme universelle.
Ce que disent les faits
Oui, des affaires racistes ou antisémites existent hors du RN. En mars 2023, Christiane Constant a été démise de ses fonctions à la tête de la fédération socialiste du Rhône après un message à caractère raciste. En juin 2024, LFI a retiré son soutien à Reda Belkadi après la révélation de messages antisémites. Ces faits ne deviennent pas secondaires parce qu’ils embarrassent la gauche. (lemonde.fr)
Mais constater des affaires dans plusieurs formations ne démontre ni qu’elles concernent littéralement tous les partis, ni qu’elles y présentent la même fréquence, la même gravité ou les mêmes réponses disciplinaires. « Cela existe ailleurs » n’est pas synonyme de « c’est pareil partout ».
Du côté du RN et de ses candidatures soutenues, StreetPress publiait, le 5 juillet 2024, une liste de 109 candidats épinglés. Attention au contenu du panier : ce recensement réunissait des situations différentes, notamment des propos racistes, antisémites, homophobes ou complotistes, ainsi que des liens avec des groupes radicaux. Ce n’est donc pas un décompte de 109 condamnations pour racisme. Transformer cette liste en casier judiciaire collectif serait une falsification, pas du décryptage. (streetpress.com)
Les exemples documentés restent suffisamment embarrassants sans gonfler l’addition. StreetPress rapporte notamment que Julie Apricena, suppléante de Pierre Gentillet dans le Cher, avait posé avec des skinheads néonazis en portant un tee-shirt frappé d’un slogan suprémaciste blanc. Le même recensement relève les publications racistes visant l’équipe de France de Christian Perez, candidat dans le Finistère. Il ne s’agit pas simplement de cravates mal choisies. (streetpress.com)
Autre précaution indispensable : ces enquêtes journalistiques ne constituent pas une étude statistique exhaustive de tous les partis. Sans périmètre commun, période identique et critères homogènes, impossible d’en tirer un classement scientifique du racisme partisan. Elles documentent néanmoins une accumulation de cas. L’absence de thermomètre comparatif parfait n’oblige pas à nier la fièvre.
Le grand écart
La contradiction la plus nette oppose les garanties affichées aux résultats documentés. Le 29 juin 2025, Le Monde décrivait le renforcement des contrôles d’investiture du RN, notamment l’examen des réseaux sociaux. Aleksandar Nikolic assurait : Chaque personne est vérifiée, survérifiée.
(lemonde.fr)
En mars 2026, Mediapart recensait pourtant encore des dizaines de têtes de liste investies ou soutenues par le RN ayant tenu des propos xénophobes, homophobes ou sexistes. Son enquête précisait ne pas être exhaustive. La vérification était double dans la promesse. Les problèmes, eux, restaient au pluriel. (mediapart.fr)
Il faut toutefois distinguer les situations : un dispositif de sélection des candidats ne permet pas, à lui seul, de conclure quoi que ce soit sur les contrôles appliqués au service d’ordre. Le policier de Carcassonne ne prouve donc pas automatiquement l’échec d’une commission d’investiture. En revanche, les candidatures documentées aux municipales interrogent directement l’efficacité des garanties annoncées.
Notre analyse : la réponse d’Aliot déplace le débat. À une question sur les responsabilités de son organisation, elle substitue un inventaire des fautes adverses. Cet inventaire peut contenir des faits exacts. Il n’en devient pas pour autant une réponse.
Les affaires du PS n’effacent pas celles du RN. Les messages antisémites d’un candidat LFI ne valident aucune investiture lepéniste. En matière de racisme, les fautes ne s’annulent pas comme des écritures comptables.
Ce qu’il faut retenir
L’affirmation d’Aliot repose sur un élément réel : le RN n’a pas le monopole des affaires racistes. Elle devient trompeuse lorsqu’elle sert à suggérer une équivalence entre les partis que les éléments présentés ne démontrent pas, ou à esquiver les questions sur les propres contrôles du RN.
Notre conclusion est politique, pas judiciaire : désigner la saleté chez les voisins ne constitue toujours pas un certificat de ménage.
Sources
- Franceinfo, « Vrai ou faux. Y a-t-il du racisme “dans tous les partis” politiques, comme l’affirme le RN Louis Aliot ? », 11 septembre 2026, texte fourni.
- AFP, dépêche du 10 septembre 2026 sur les déclarations de Louis Aliot, publiée par La Gazette France.
- StreetPress, recensement de 109 candidatures épinglées aux législatives, 5 juillet 2024.
- Le Monde, enquête sur la sélection et la formation des candidats RN, 29 juin 2025.
- Mediapart, enquête sur les candidatures RN aux municipales de 2026, publiée en mars 2026 et actualisée après le premier tour.
- Le Monde, informations sur la suspension de Christiane Constant, 4 mars 2023 ; Le Point, retrait du soutien de LFI à Reda Belkadi, 27 juin 2024.
